Durant les 8 heures qui séparent Paris de Port au Prince, je ne me suis pas complètement endormie. J’ai eu le temps de me plonger dans la lecture du livre « La bombe de la dette étudiante » de François Delapierre. Une lecture savoureuse pour comprendre comment la marchandisation de l’éducation risque de nous conduire à l’explosion d’une nouvelle bulle financière.

Sur mon portable, j’ai aussi écouté des morceaux de musiques racines et traditionnelles. Ram, Boukman, Tropicana et Septem m’ont très bien accompagnés jusqu’à mon atterrissage. Je n’ai pas vu l’heure se passer.

A Port au Prince, le soleil sur le tarmac me saluait. Après 5 ans, rien de mieux que de revenir sur sa terre natale. J’ai eu envie d’embrasser le sol malgré ses saletés. Haïti me manquait. J’aurais bien voulu que ma maman me prenne à la porte de l’avion tellement j’avais hâte de la revoir. Rien, ni les réseaux sociaux, ni les échanges épistolaires d’autrefois, ne peut égaler la présence physique des gens qui nous sont précieux. J’ai dû attendre de franchir la porte de l’aéroport pour entendre la douce voix de ma maman bercée de pleurs et de réjouissance “ Woy, me pitanm nan”. C’était la joie totale. On a pleuré. J’ai laissé mes malles par terre pour sauter dans ses bras. Toutes mes craintes et ma réserve sur ce voyage se sont envolées. Quoique vous puissiez entendre, Haïti est un pays sûr. Adieu mauvaises nouvelles et mises en garde. Bonjour plaisir d’être parmi les miens sur la terre de mes ancêtres, Haïti chérie.

Une grande file de jeunes en attente de s’envoler pour le Chili fait le tour. Sur le visage de chaque personne, dans cette ligne, se lisent dédain et espérance. L’espérance d’une vie meilleure, ailleurs, dans l’incertain et face à l’inconnu. Comme partout et ailleurs, certains vont réussir quand d’autres multiplieront les excuses et explications fallacieuses pour justifier leurs échecs.

Ma famille m’attendait à la maison. Un concert de cri et de pleurs orchestré par ma grand-mère s’est organisé une fois le seuil de la porte franchi. Je pleure comme un bébé en croisant son regard. Mon corps tressaillit quand elle pose ses mains sur mon front pour prier. Quel si beau plaisir de la revoir à nouveau ! Elle qui a toujours été là pour chacun de ses fils et filles. Une femme de poigne. Que l’âme de feu mon grand puisse reposer en paix. Ensemble, ils ont fait l’impossible inculquer la meilleure éducation et le sens du travail à chacun de leurs enfants. Six heures du matin, l’odeur du café me réveillait. Ça sent bon et a été préparé au pilon selon des méthodes traditionnelles. C’est fort, c’est délicieux, appétissant avec du bon pain rallé. Je me suis préparé pour aller visiter des amis, proches et familles. J’y ai profité pour faire une visite surprise à mon ancien studio. Un bien fou de rencontrer certaines personnes et voire à quel point malgré le temps et la distance elles sont restées les mêmes.

Un bouillon m’attendait à la maison. L’odeur suffisait à me rassasier. C’était bon. Ça me rappelle mon enfance. Nos samedis à la maison. Avec ma cousine, nous remémorons nos souvenirs du spécial poisson de carrefour Gerald Batailles. Le soir venu, je commandais un Tasso cabri à restaurant du coin. Ça me manquait tellement. La cuisine de chez nous me manque chaque jour. Les ingrédients et peut être même le climat manque aux plats de mon pays d’adoption. Sérieux ! Parfois, je me demande si ce dernier n’a pas un rapport particulier sur la saveur d’un plat, sa dégustation ou même sa préparation.

Je rêve déjà de mon dernier weekend où j’aurai à séjourner au Cap-Haitien. On va certainement me proposer du poulet pays, une de leurs spécialités. J’ai prévu d’aller à la Citadelle et de visiter Labadie. Je connais une agence dont le prix de leur forfait n’est pas exorbitant et d’autres personnes témoignent de leurs services. Sur la route, je leur demanderai d’arrêter aux Gonaïves pour déguster un bon “Lalo à diri blan”. Quand je suis en Haïti, je me permets d’oublier mon régime. C’est le temps des spaghettis et hareng saure préparé par ma mère et servi au lit. C’est le moment de rechercher la saveur de mon enfance dans chaque couronne ; les jus qui ont bercés mes repas de récréation à la l’école. C’est le café à n’importe quelle heure; le poisson rose avec du maïs moulu. Le chocolat traditionnel, rien de mieux pour un matin d’hiver.

Mon alarme sonna, j’ai sursauté, il est déjà 7 heures et c’est probablement sa troisième sonnerie. C’est déjà l’heure de me préparer pour aller travailler. Que cette nuit a été courte! J’entrouvre la fenêtre, il neige au dehors. Je vous laisse, une dure journée m’attend.

En pensant à ce doux rêve, je vais sourire toute la journée…

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