L’histoire d’un homme qui a laissé sa petite amie pour un mariage et une résidence aux Etats-Unis (Partie 1)

 

J’ai rencontré Mlle Lolotte en 2006 alors que j’étais en année préparatoire à l’université. Venant du Cap, c’est grâce à ma chère dulcinée que j’ai pu m’adapter à la réalité Port-au-Princienne. Avec le temps, on a appris à se connaitre, s’épauler, s’entraider. Ce fut avant ce grand éveil numérique et cette fièvre des réseaux sociaux au sein de la jeunesse haïtienne. A l’époque, au retour des cours, au lieu de s’accrocher à l’écran de nos téléphones, nous commentons les cours, nous planifions des séances de travaux en groupe. A force de se côtoyer, (communication, complicité, respect, attention, affection, entraide …) nous sommes arrivées à nous mettre ensemble. Permettez-moi de ne pas rentrer dans les détails de notre grand amour et des projets que nous avions pour notre couple. A l’époque, nous prévoyons déjà de nous marier pour pouvoir bénéficier d’un programme spécial de maitrise au Canada après notre soutenance.

Je garde encore le souvenir de notre premier baiser. Ce fut à la fois passionnant et sensuel. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce fut une nuit de juillet, après une journée intense à travailler les Mathématiques Financières pour notre examen final, aux environs de 6 heures P.M., nous pénétrâmes une plage sur la  route Sud, à Gressier. Main dans la main, nous prenons la direction de la rive après avoir rempli les formalités d’usages. Il soufflait un vent doux et agréable, la lune jouait à la capricieuse en cachant ses capacités d’éclairage. Un Spotlight a été projeté sur l’eau comme pour refléter l’immensité de l’océan. La plage était déserte, dans de rares coins on entrevoit à peine des silhouettes en mouvement. Nous nous sommes livrés l’un l’autre, ensemble on a parlé de tout. Les mains jointes, je me suis rapproché vers elle, d’un élan, j’ai fait le grand saut et j’ai saisi ses lèvres délicieuses. A ce moment, un silence de cimetière s’est installé entre nous deux. Ce fut glacial. Puis, nous sommes embrassé jusqu’à ne plus ressentir nos lèvres. Lorsque j’ai voulu passer à une nouvelle étape, elle refusait. Elle s’opposait toujours de faire comme tout le monde lorsque c’est à l’encontre de ses valeurs et principes. Comme depuis mon jeune âge, un non c’est un non, j’ai acquiescé.

12 Janvier 2010, le tremblement de terre m’a surpris sur la route du retour des cours. Au départ, je n’étais pas conscient de ce qui se passait. Le temps d’arriver à la maison, je croyais à la fin  du monde. Désarroi total. Des gens couraient dans toutes les directions. Des personnes, dont Certains étaient athées qui sont devenus croyants et implorent la présence de Jésus. Arrivé à la maison, parlant de maison, il ne restait que l’espace et les débris. Une partie de la maison de quatre étages du voisin, vite fait et mal fait, a aplatît l’espace que j’avais en l’occasion. J’ai contacté ma petite amie sur son numéro d’une compagnie haïtienne qui n’existait plus, elle se portait bien. J’ai passé la nuit chez elle, dans une pièce de maison loué par ses parents vivants à la campagne.

Le lendemain, je regagne ma ville natale Cap-Haitien grâce à la solidarité de la population Capoise à travers sa Mairie. Le maire de l’époque faisait preuve d’un dynamisme remarquable et la population, sous le choc, était prêt à aller faire du bénévolat à Port au Prince tout comme les scouts l’ont fait aux Gonaïves après les catastrophes naturelles dont cette ville a été victime. Mais, la réalité, en plus des problèmes logistiques, la majorité des personnes ignoraient la gravité réelle de ce qui s’était passée et l’ampleur des dégâts. Je me demande encore comment serait la grande ville des Gonaïves si les gens ont attendu que l’état ou des ONG viennent leurs payer pour redonner un sens et gout à la vie dans cette ville incontournable dans la grande Histoire d’Haïti, des noirs et de l’humanité. Aux Gonaïves, le 1er janvier 1804, avec la proclamation officielle de l’indépendante, Haïti a réorienté l’économie et les conditions sociales du monde jusqu’ici reposées sur l’esclavage, le colonialisme et le racisme. Ce fut la consécration sur l’armée de Napoléon, la plus grande armée de l’époque.

Deux mois après, j’ai regagné Port au Prince. On y habitait ensemble de manière officieuse et nous nous arrangeons avec des amis lorsqu’il va y avoir visite d’un parent. Pendant ce moment-là, tout s’est basculé en Haïti. Port au Prince était devenu invivable. ON faisait de grandes promesses et donnait peu. Les ONG mobilisent beaucoup d’argent et dépense peu pour les causes dont les fonds ont été levés. L’université, l’école, les commerces, les entreprises et institutions publiques, peinaient à se relever. Face à ce désarroi, il n’y a que l’église qui s’accroissait, en particulier les églises chrétiennes de confession de foi pentecôtiste.

Comme beaucoup, pendant que je suis à la maison avec ma chère dulcinée, je me suis fait un passeport. Un cousin très longtemps déconnecté me parlait d’une connaissance qui a besoin d’un mari. En un rien de temps, Lolotte était devenu infréquentable. A y penser, je m’en veux encore. Surtout lorsqu’avec moi-même, impossible de mentir, je sais que ce n’était qu’un prétexte, c’est elle que mon cœur voulait. Mais, confronté à la dure réalité ; faisant face au désespoir ; perdant foi dans nos politiques, je voyais l’avenir ailleurs. J’ai perdu la confiance en moi et dans mes compétences. L’idiot que j’étais n’avait même pas pris le temps de penser à nos projets, a ses sacrifices, aux mensonges qu’elle vivait et aux maigres ressources alloués par ses parents qu’elle prenait le soin de mettre à ma disposition avec soin, dans l’espérance d’un avenir commun et par amour.

En 2014, je me suis divorcé. Face aux contradictions de nos valeurs et de notre éducation, la vie de couple était difficile. Durant nos trois années de vie commune ce fut une cohabitation difficile. Je ne vais dire que J’ai connu l’enfer, personne n’a déjà été, mais je souhaite qu’il ne soit pire que ce que j’ai vécu. En plus de l’ambiance invivable à la maison, il y avait la réalité au travail. Il y a cette exploitation insoupçonnée de la force du travail à laquelle je n’avais habitué. Incalculable est le nombre de fois que nous nous sommes chamaillés face à mon refus d’être assouvi par le monde la consommation. On travaillait pour ne rien économiser. Maison, Voiture, Salon, garde-robe… Je ne pouvais accepter de vivre pour plaire au regard des autres. Je refusais de faire comme ces milliers de mes compatriotes qui ont l’air rouler sur de l’eau et qui ne sont à l’abri du nécessaire. J’ai voulu calculer, planifier, économiser et nous libérer des petits boulots à temps partiels. J’ai refusé de m’endetter pour aller à l’université et finir par travailler comme un simple salarié. Elle ne voulait pas souffrir pour construire. Elle ne comprenait pas que la vie de famille ne peut se résumer à une simple question d’enfanter, c’est toute une entreprise, un projet sur le long terme et pour les générations futures.

Après mon divorce, je suis revenu en Haïti. Avec des amis je me suis mis à la recherche de Lolotte. Je l’aimais encore. Et, j’étais un peu persuadé qu’elle allait me pardonner. On n’oublie pas son premier amour disent toujours les filles. J’avais peur de ne pas la retrouver dans un piteux état. A force de rechercher, je suis tombé sur une vielle amie qui me mettait sur sa piste. Je suis allé sur son lieu de travail. Je l’ai vu, mon cœur palpitait, je ne pouvais contrôler les pleurs. Elle est comme je ne l’ai jamais vu avant. Élégante ! Sublime ! Radieuse ! Elle est divinement belle comme aurait pu dire un bon ami. J’ai l’impression, vu ses sollicitations, qu’elle est la dirigeante de l’entreprise.

Face à son emploi de temps chargé, et pourvu que je ne faisais pas partie de son agenda, elle m’a proposé un rendez-vous en tête à tête. Je rêve déjà d’y être !

 

 

Une fiction de Job Peterson Mompremier

9 Février 2016

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