Développer Haïti : un défi citoyen !

2016, c’est déjà plus de 212 ans depuis notre indépendance. Pas besoin de retracer l’histoire, il est connu de tous que nous sommes le premier peuple noir indépendant du monde moderne. La seule révolution à la fois antiesclavagiste, antiségrégationniste et anticolonialiste de notre ère. Malheureusement, même pour les besoins les plus élémentaires, nous n’arrivons pas encore à apporter des solutions. Nous sommes comme des animaux égarés se laissant emmener par la vague vers une catastrophe certaine. La majorité de la population n’est pas a l’abri des intempéries ; nous sommes exposés a l’insécurité, aux catastrophes naturelles ; pas besoin de parler de santé, d’éducation, d’emploi, de sécurité et du respect de la propriété privée. Nous nous croisons les bras et attendons tout de l’état. Dans cette situation, nous risquons de nous entretuer par un bon matin de révolte ou une soirée de révolution.

Discrimination, préjugés, exploitation, favoritisme ; nos jeunes, même diplômés, sont en transit, en attente de la première occasion de s’émigrer en Amérique du Sud, Amérique du Nord, dans les îles des Caraïbes ou en république voisine. La population ne s’attache plus au pays, nous avons de moins en moins de confiance en notre capacité de peuple. Nos apparitions dans la presse internationale prouvent combien nous sommes devenus la risée du monde. Il faut désormais se responsabiliser pour  un nouveau départ. Nous devons, au final, honte de nous et nous promettre d’honorer la mémoire de nos aïeux en faisant de ce bout de terre un paradis, tel qu’ils l’ont souhaité en accomplissant l’exploit de Vertières.

Nous ne sommes pas arrivés à garantir notre souveraineté de peuple. Notre économie, basée sur l’importation, est dominée par des entreprises étrangères. Nos Haïtiens à la campagne et des masses populaires urbaines, toujours soucieux d’aller voter et de se faire représenter au parlement, vivent dans un marasme et se retrouvent aujourd’hui dans une situation chaotique, seule et laissée pour compte face à l’envahissement des produits agro-alimentaires étrangers, des catastrophes naturelles et des problèmes environnementaux. Beaucoup d’hypothèses tentent de justifier cet état de fait. Nous ne sommes pas là pour nous attarder dessus. Après tant d’années à faire le constat et l’analyse de nos échecs, il faut s’engager à apporter des solutions au profit de tous, pour le développement socio-économique ; du progrès sanitaire, nutritionnel, éducatif et sécuritaire pour la population entière. Notre grand défi aujourd’hui est de franchir ces étapes pour nous libérer de la dépendance de l’aide internationale et du besoin constant d’assistance étrangère. Nous sommes désormais à un carrefour déterminant. La réalité socio-économique haïtienne appelle et interpelle. Il est temps que nos élus puissent embarquer les dirigés dans un plan global visant la transformation structurelle de la société en instaurant une relation de confiance et impliquant les communautés dans la résolution de leurs problèmes. Les rapports et les études ont déjà démontré qu’aucune solution prête à porter ne fonctionne sur le sol haïtien. Il faut impliquer les citoyens et prendre en compte les ressources et les potentialités du terroir. D’où l’émergence d’une nouvelle forme de leadership : le leadership participatif.

Désormais, c’est une obligation d’intégrer la population dans le développement de sa communauté et de faire émerger une bourgeoisie à conscience nationale éco-responsable à travers les acteurs économiques haïtiens par l’entremise des dispositions légales. Au cœur de la libéralisation du marché et des besoins sociaux qui doivent être résolus, nos parlementaires doivent s’occuper de l’élaboration de loi pour l’instauration d’un climat favorable aux affaires, a la création de richesse, d’emploi et a la croissance ; il faut désormais qu’ils arrêtent de fuir et de pratiquer l’absentéisme afin de proposer, débattre, voter et contrôler comme stipulé dans leurs attributions. Le défi est de protéger l’un sans favoriser l’autre. Il faut désormais embarquer la population dans un grand projet pour le progrès et la croissance tant sur le plan économique que sur les plans social, éducatif, sanitaire, environnemental et politique. Aucun projet, aucune initiative de cette envergure ne pourrait se réaliser sans un climat de confiance, l’accès a de la bonne information, la transparence administrative, la bonne gouvernance et l’implication citoyenne (incluant l’implication et l’intégration de la diaspora a travers la mise à leur disposition d’information de première main).  Transparence, implication citoyenne, démocratie participative, c’est le pouvoir aux citoyens et aux institutions étatiques pour l’atteinte d’objectifs clairement définis à travers un plan global de développement socio-économique se reposant sur un partenariat public-privé respectueux de l’être humain et de son environnement.

L’intégration, comme la liberté, ne se quémande pas. Surtout, lorsqu’il s’agit de prendre en main sa destinée. En permettant, à travers une nouvelle dynamique, que des étudiants, des professionnels, des responsables locaux et des leaders d’organisations puissent participer aux processus publics de discussion, de décision, de gestion et de contrôle, nous contribuons à l’instauration d’une bonne gouvernance et d’un climat propice à notre développement. La participation citoyenne représente une nouvelle manière de penser la vie publique et les projets collectifs. C’est l’implication et l’engagement de chaque citoyen dans la résolution de nos problèmes éducatifs, socioéconomiques, environnementaux, sanitaires, infrastructurels et alimentaires.

Consultation, concertation, débat public, référendum, conciliation-médiation, conférence de citoyen et conférence de consensus… tout comme les élections ce sont des éléments importants pour l’instauration de la démocratie. Une population haïtienne formée, informée, impliquée et mobilisée est une arme redoutable dans notre quête de lendemain meilleur. La société civile doit se renouveler et se renforcer pour qu’à travers de nouvelles initiatives elle invite et permet à ce que la population puisse s’impliquer en vue de se définir et prendre son destin en main.

Ni Dieu, ni nos Loas, ni l’État, encore moins les blancs, ne peuvent développer Haïti sans l’implication des citoyens haïtiens. Développer Haïti est notre défi, un défi citoyen. Selon un plan global, dans un élan collectif, chacun a sa manière en fonction de ses compétences et ses capacités, mettons nos mains à la patte.

 

Job Peterson MOMPREMIER

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