A notre amour impossible !

Seule dans ma chambre, dans le froid de Toronto, et face à la pluie de photos de personnes voulant exhiber leur bonheur en ce 31 décembre, j’ai choisi d’écouter de la musique. La lumière sombre de l’ordinateur éclaire à peine ma chambre, je me plonge dans un playlist compas. Entre groove que j’aime et paroles qui poussent à réfléchir, j’ai mélangé à ma manière festivité et introspection méditative. Puis, soudain, une musique de feu Carimi « Fanm sa move ».

 

D’un coup, je me suis perdue dans mes pensées. Je n’entendais plus rien, je pensais à nous. Des images de nos querelles d’enfance. Nos petits jeux à « maman et papa ». J’étais ton trésor caché de qui tu ne parlais même à tes potes les plus proches. Le secret qui entourait notre amour le rendait mystérieusement magique.

 

C’était un dimanche de mai, je ne vais pas donner la date mais certainement tu t’en souviens encore. Yeux dans les yeux, main dans la main, tu me chantais « Fanm sa move » de Mikaben et Carimi. Tu vantais mon sourire, mes rondeurs et l’effet que j’avais sur toi. Avec des mots doux à l’allure poétique, tu me déclarais ta flamme. Ce premier « je t’aime » résonne si fort dans ma tête. C’était la première fois qu’un homme me faisait une déclaration d’amour. Et, cet homme, c’était toi. Double bonheur.

 

On n’a pas eu le temps ni l’opportunité de s’embrasser ce jour-là. Mais, je suis repartie avec le sourire aux lèvres et une joie immense. Je voulais que les journées durent moins de 24 heures pour que le temps passe plus vite et que nous soyons déjà en ce jour de congé tant attendu pour être à nouveau ensemble. Ce fut notre premier baiser. C’était intense. Mon corps tressaillait et une sueur coulait le long ma colonne vertébrale. C’était beau. Ce fut magique. Un honneur de pouvoir enfin goûter aux délices de tes lèvres.

A notre époque, Whatsapp n’était pas encore populaire. Nous n’étions pas à la mode de BBM et les « Free night » n’étaient pas pour nous deux. Nos journées à l’école étaient surchargées,  des horaires parfois très étendues, te voir était un luxe. Le soir, quand finalement le bip de mon portable m’indiquait un sms ou un appel de toi, mon cœur se mettait à battre la chamade. Palpitation maximale. Entendre ta voix était extraordinaire, j’avais la chair de poule. Notre relation était intense, magnifique. Notre amour fut sincère et profond.

 

Puis, il a fallu l’intrusion d’un racontar pour que mes parents s’en mêlent. Ils ont décidé que tu n’étais pas digne de moi. Ils t’ont fait porter le fardeau d’une situation dont tu n’es que la victime. En quoi un enfant est-il coupable de l’irresponsabilité de ses parents ? Combien d’enfant ont fait le choix de grandir dans une famille monoparental ? Peu importe les circonstances. C’est cruel. L’ombre d’un père absent et irresponsable a nui et détruit notre amour d’une telle manière. Je pense à ta tendre mère, doublement victime. J’étais jeune et impuissante, mais malgré cela j’avais compris que tu ne méritais pas ce lourd châtiment. Mes parents ignorent les sacrifices auxquels tu as du consentir pour être avec moi.Nous avons essayé de résister, malgré eux et en dépit des conséquences…

 

Si mes oreillers pouvaient témoigner, ils t’auraient dit combien j’ai pleuré les jours qui ont suivis notre rupture. Je regrette de ne t’avoir pas rencontré plus tard. Je regrette nos années d’amitié et le fait que mon père connaissait tout à propos de ton enfance. Je regrette d’avoir été incapable d’agir autrement que de me soumettre aux exigences de mes parents. Me voilà aujourd’hui à Toronto comme si je vivais en exil. Loin de toi. On a eu beau essayer mais nous nous sommes cognés au même mur, et désormais la barrière est du côté de nos parents. Un avenir en commun est devenu impossible pour toi et moi bien que nos sentiments soient encore réels. Si je mourrais aujourd’hui, on pourrait témoigner que j’ai eu le privilège de rencontrer l’amour véritable.

 

J’espère que tu n’as pas lâché tes études pendant que tu poursuis ton rêve de devenir peintre. Tu sais, ce n’est pas impossible de poursuivre ces deux activités, mais, tu as une obligation de réussite. J’espère qu’un jour on comprendra que nous ne sommes pas nos parents et que certaines choses qu’on nous reproche ou dont on nous vante les mérites ne sont pas héréditaires. Que ton succès inspire respect et admiration à d’autres enfants qui vivent des situations similaires. Que tu sois une inspiration et une motivation pour la jeunesse toute entière.

24 heures dans la vie d’une immigrée

Source: https://www.flickr.com/
Crédit photo: Fibonacci Blue

Dans cette ville à majorité blanche où j’exerce la médecine, chaque noir que je rencontre charrie, comme autant d’épaves, une agonie. Ils sont naufragés de l’immoralité et de la mauvaise gouvernance des autorités de leurs pays d’origines. De cette détresse populaire naît un péché, un péché d’optimisme : partir pour des horizons inconnus, quitte à se retrouver victime de ce conflit des origines dans ses pires expressions.

Ce matin, la dame que je vois, sous l’insistance d’un ami, conte ses déboires. A défaut de trouver un journaliste, elle livre son âme et son ressenti à qui veut l’entendre. Triste épilogue.

Partir : un péché par optimisme

Elle a laissé son pays, la Côte d’Ivoire, suite au renversement du président Laurent Gbagbo. Nombreuses personnes accusent encore la France et les élites à sa solde. Vous savez, l’esclavage fut aboli, l’Afrique elle-même fête plus de cinquante ans d’indépendance, mais gare ! Ne parlez pas trop vite d’autodétermination, ça me parait pollué d’imprudence. On n’est pas sorti de l’auberge, ce sont les colonisateurs qui ont été dédommagés et aujourd’hui, les descendants d’esclaves, partout à travers le monde, continuent d’être la force motrice du système économique mondial. Sous de nouveaux apparats, la même vieille réalité, avec la possibilité de faire émerger certains nouveaux mètres parmi les plus serviles et pour se libérer de toute résistance. Cupidité, individualisme et corruption, nos élites ne se font jamais prier pour se faire complices et alliés des dominants en devenant eux-mêmes des oppresseurs.

Partir, se jeter dans le vide et dans l’inconnu est une « réponse » à une frustration, car regarder son pays en face n’est pas un exercice facile. Ces récits sont tels des guillotines. Ça nous tient les tripes.

Une vie… indigne de soi

Dans la rue, puisque sans papiers, on rencontre des migrants au naturel discret, plongé dans leur réalité. La porte de leur tente franchie, dès le premier pas, on entend bien leurs gémissements. J’ai passé la nuit chez elle.

Au crépuscule, nous nous sommes souhaités bonne nuit. Mais le lendemain, elle et ses sœurs doivent devancer l’aube. Un migrant ne connait pas de grasse matinée, on se réveille à 4 heures du matin. La journée se commence dans le noir pour se terminer avec des douleurs à ne plus finir. Ici, on n’a pas besoin de diplôme pour avoir un petit boulot ; de parrains ou de marraines non plus. Je parle certainement de petit boulot.

Ici comme chez nous, disait-elle, noir rime avec souffrance et pauvreté. Je me suis gardé de commenter, mais, au fond de moi, je sais que c’est une évidence. Partout, c’est le même combat, celui de la survie et du nécessaire. Contrairement à sa sœur qui bosse dans une maison de retraite en apportant des soins infirmiers, son petit boulot, elle l’a eu dans un magasin de prêt-à-porter à mille lieux de chez elle. Elle est chargée de nettoyer le magasin, arranger et habiller les mannequins, attirer et convaincre de potentiels acheteurs.

La compétence… Dans l’angle mort de la migration

Tous ne font pas dans le secteur informel, certains sont promis à des carrières plus brillantes dans les sciences. Ce n’est pas un certain gout du risque, ni un exotisme de passage, ni une mode, s’ils quittent leurs pays, c’est parce que les crises humanitaires, politiques, ethniques les forcent à relativiser les idées. Etudiante en médecine, sa zone fut secouée par des crises et combats armés, c’est alors que ses parents ont décidé de leur offrir un voyage aller simple, destination incertaine. Depuis, loin de leurs terres natales, ils nourrissent l’espoir d’amasser des sous et de revenir un jour pour investir, changer des vies. Un rêve qu’ils caressent de plus en plus et duquel ils s’éloignent à chaque jour. La réalité est de loin plus inquiétante que l’on aurait pu l’imaginer avant de partir. Pourtant, bien que loin de ses souvenirs, de l’odeur de sa terre à chaque goutte de pluie ; loin de ses amis et de sa famille, c’est nettement mieux que chez soi. Parfois on pleure ; quand on se souvient de la réalité de chez nous, on ravale sa salive et on retrousse ses manches. Ainsi se succèdent des jours et des nuits.

Lorsque mon alarme a sonné, il était 4 heures 45 du matin. Je me suis réveillé, habillé et elle était déjà sur le point de partir. Son boulot commence à 7 heures mais elle doit être à la station de bus avant 5 heures et quart si elle veut être ponctuelle. Pour des journées de travail de huit heures, elle passe 12 heures entre l’aller et le retour. Parfois, encore plus triste, on se lève tôt pour aller passer trois ou quatre heures au boulot. Quand on est immigrée, souvent on n’a pas d’autres choix que de multiplier les petits boulots à temps partiel.

A chaque société son cortège d’exclusions

Ce matin, à mon travail, une employée a giflé un immigré, illégal, il ne peut même pas oser porter plainte par crainte que la procédure ne se retourne contre lui s’il arrive à obtenir gain de cause. La journée fut tendue, mais personne n’a osé protester. On a tous peur de perdre nos emplois et de ne pouvoir répondre à nos obligations. Sur le chemin du retour, un chat est mort, la police a dû intervenir et dans le cadre de l’enquête trois personnes sont interpellées. Un jeune noir en probation s’est vu obligé de tricher par son manager en dépit de sa bonne conduite pour pouvoir bénéficier d’un rapport favorable. Tout tient à un fil et perdre son boulot c’est risquer de finir sous un pont.

Nous sommes comme des esclaves, disait-elle. Chaque année, les profits augmentent, le coût de la vie avec, mais les salaires restent les mêmes et les maigres augmentations n’arrivent jamais à te mettre à l’abri. On augmente les taxes sur nos salaires et on multiplie les avantages aux investisseurs qui, pour remercier l’Etat de ses loyaux services, cachent leurs fortunes dans des paradis fiscaux, licencient pour augmenter leurs marges et paient au salaire minimal. Nos patrons n’ont pas d’état d’âme.

Les riches sont devenus richissimes et les employés se noient dans la précarité. A trop se focaliser sur les mirages de nos histoires télé, certains se noient dans des rêves illusoires et se croient épargnés, jusqu’au jour où un licenciement frappe à leur porte. Ils s’adaptent au système et espèrent leurs heures de gloire, peu répondent à l’appel et sur le trône beaucoup découvrent que tout n’était que mirage. Trop tard, impossible de réparer les dommages, de compenser les dégâts et de se libérer de l’âme des sacrifiés.

Les différents courant évangéliques en vogue dans les milieux noirs enrichissent les apôtres et nous détournent de nos vrais problèmes. Dieu serait méchant de vouloir que nous souffrons ici-bas dans l’espoir d’un bonheur éternel pendant qu’il garantisse bien-être et prospérité à ce que l’on ose considérer comme fils du diable. Vous savez, il y a des siècles, l’évangile a été à la rescousse de l’esclavage pour le soutenir, le défendre et garantir que les esclaves puissent être aussi dociles qu’un mouton. A court de métaphores, et sous un symbolisme angélisant, les sermons restent et demeurent bon alliés des oppresseurs. La vie dans l’au-delà, leurre ou réalité, ne devrait être une excuse pour ne pas s’impliquer, se défendre et faire sa place quitte à risquer sa vie. Nous devons nous regrouper, nous unir et nous discipliner pour éviter toute subversion en dépit des divergences.

Il reste encore beaucoup à faire

Vers 16 heures, en attendant qu’elle se rende en cours à 18 heures, nous sommes allés à un restaurant Africain où l’on sert des plats typiques de chez elle. Autour de nos plats de poulet braisé et de sokossoko de bœuf, nous avons échangé sur certains sujets, dont ses cheveux et ses emplois antérieurs. « J’ai perdu mon premier boulot parce que je suis une femme. On pense que certains secteurs sont réservés aux hommes, dont celui de la construction. Dans mon boulot actuel, c’est déjà arrivé que des enfants me touchent et me pose des questions sur ma peau pour vérifier si ma couleur est réelle. Pour certains, c’est une malédiction, je suis mal née. Dans le métro, quand je pète mon afro en bon nappy-girl, des femmes blanches tentent de photographier la coiffure et même de manipuler mes cheveux », me confia-t-elle. C’est devenu très difficile de s’affirmer et être fidèle à soi en dehors des clichés véhiculés par les grands médias occidentaux, me suis-je dit.

De la libération générale des esclaves de Saint Domingue à Black Lives Matter, il reste beaucoup à faire. La désobéissance civile ne suffit plus à elle seule. Au lieu de boycotter, il faut produire et constituer une communauté forte, être des conso-acteurs, définir notre univers. Il faut obtenir l’égalité salariale, de logement et l’accès à l’éducation de qualité pour tout le monde. C’est une condition de base si nous voulons garantir l’égalité de chance à tout le monde, défendre notre dignité. Jouir de ses Droits civiques est devenu un mirage ; justice, équité et liberté doivent être invitées à la table de nos acquis sociaux. Il faut s’attaquer à l’ordre dominant. Aussi peu que soient nos efforts, la cause ne peut être perdue si nous luttons. Il faut s’assumer, défendre notre identité à travers de grandes réalisations et en visant l’excellence. Les pauvres, en majorité noirs, doivent s’unir et définir leur monde à eux et redéfinir l’ordre social.

 

Job Peterson Mompremier

26 juillet 2017

Job écrit au révérend père Jean Miguel Auguste

Monsieur le révérend père Jean Miguel Auguste,

J’ai apprécié votre compassion.[i] Je témoigne aussi mon admiration pour votre plume tranchante et élégante.  En lisant attentivement votre texte, j’ai vite réalisé que, comme moi, vos parents-paysans vous ont appris le sens profond de la rigueur  dans la vie d’un homme.

Si je prends plaisir à saluer l’élégance de votre plume, je ne tolère pas cette pratique de plus en plus grandissante qui consiste à blâmer les victimes en lieu et place de se pencher sur les causes réelles et profondes de nos problèmes en vue de les résoudre. Et il devient tout simplement alarmant qu’en plein 21eme siècle des intellectuels  Haïtiens érigent la langue française comme aune pour mesurer le niveau de compétence des  haïtiens.

Vous avez entièrement raison, un homme qui a fait son certificat d’étude primaire devrait pouvoir répéter un mot ou une phrase en français. Mais, il n’est pas rare de rencontrer des cas similaires dans nos écoles secondaires et nos universités. Des jeunes qui ne sont pas en mesure de bien prononcer le français. Ils sont aussi nombreux les élèves qui maitrisent l’art de répéter des mots, des phrases et des leçons mais qui sont dans l’incapacité totale à bâtir une réflexion, construire une argumentation ou comprendre la leçon pour laquelle la note maximale a été obtenue.

Ceux qui, aujourd’hui, se sont placés en juge de leur performance ont tout simplement honte d’eux même et essaient de fuir leurs responsabilités dans la crise du savoir qui prévale en Haïti. Durant longtemps on a beau croire qu’il faut garder le peuple dans l’ignorance pour pouvoir le manipuler et vivre à son dépend. Le savoir, c’est le rôle des intellectuels d’assurer sa transmission et sa pérennisation. Ce ne sont pas nos pauvres paysans qui sont responsables de la piètre qualité de l’éducation ou de l’illettrisme dont ils sont victimes. Je ne vais pas commenter l’histoire du ministre. Mais, je vous assure que c’est un abcès qui s’est crevé dans la figure de l’élite bienpensante qui a longtemps discriminé les campagnards au lieu de leurs inclure dans un vrai projet de société.

Permettez-moi de vous dire qu’être compétent ne saurait se résumer à l’aisance de s’exprimer en langue française. C’est inadmissible en plein 21e siècle d’évaluer la compétence d’une personne sur cette base. C’est une erreur sur laquelle s’est reposé le fondement de l’un de nos plus grands préjugés depuis deux siècles. Une langue reste un moyen d’expression. Véhicule de la pensée !  Maintenant, on comprendra mieux pourquoi certains haïtiens affichent clairement leur mépris pour certains savants africains qui ne prononcent pas bien le français.  Pas étonnant qu’en Haïti, les écoliers et les universitaires accordent plus d’importance à la prononciation de la langue française qu’a la profondeur de pensée de quelqu’un.  Quand nous cesserons d’être superficiels, la voie du salut nous sera révélée pour faire ce saut qualitatif vers la modernité et le développement.

« Les gens qu’il faut à la place qu’il faut » ! Un slogan creux, souvent utilisé par des intellectuels haïtiens pour justifier leurs places dans des postes politiques bien rémunérés. Avec des capacités intellectuelles fortement limitées, certains paysans organisent parfaitement leur communauté. Ils créent des coopératives pour faire reculer l’extrême pauvreté.   Ils s’organisent en conseil pour bien gérer les conflits et conserver l’ordre et la paix dans leurs communautés abandonnées par l’État central. Par ces travaux, ces paysans s’imposent comme leaders, mais jusqu’à présent ils ne dérangent personnes car ils font du bénévolat dans la majeure partie des cas. Quand ces paysans décident de se porter candidat pour un poste électifs, ceux et celles qui savent parler le français crient au scandale. Car les postes électifs, rémunérés,  ne peuvent pas être livrés à quelqu’un qui ne maîtrise pas le français et qui a appris les notions clés du leadership sur le tas.  Pour certains, un professeur de littérature française, dépourvu de sens de leadership et avec une totale méconnaissance du milieu, serait  le plus bon profil qu’un paysan qui, en plus, d’avoir passé toute sa vie dans sa communauté, a déjà lancé, dirigé et mener à bon port plusieurs organisations et coopératives. Et on avancera les insuffisances langagières de l’un pour justifier son incapacité à diriger  et l’éloquence de l’autre pour prouver sa compétence.   Je suis de ceux qui pensent que la notion de compétence doit être redéfinir en Haïti.

Ce sont les idées qui mènent le monde, la pensée c’est une activité intellectuelle, la principale et la plus importante. Si Haïti est là où elle est aujourd’hui, c’est plus un problème de vision et de pensée que de ces personnes dont vous venez de citer. En plus d’être victime des élites qui n’ont pas pu répondre, c’est de votre faute, « chers hommes qu’il faut », si ces hommes incompétents sont à des postes électifs. Vous avez longtemps fui vos responsabilités et autant que cela perdure, la réalité dont vous vous contentez de plaindre ne sera autre. Pour gagner des élections, en plus de se porter candidat, il faut s’impliquer dans la collectivité, il faut se responsabiliser, s’engager… Autant que vous vous contentez de gérer vos petites chapelles, rien ne sera différent. La population  a besoin d’avoir accès au savoir, à la lumière. C’est en avoir accès à une meilleure éducation qu’elle va pouvoir s’élever à votre niveau.

Si nous sommes pauvres par manque de compétence ce n’est pas la faute de mon papa, mais de ceux qui sont censé transférer le savoir et définir les grandes orientations de la formation académiques, techniques et scientifiques en Haïti. Si nous ne sommes pas sérieux et créatifs ce n’est pas la faute des élèves mais de ceux qui étaient censés les guider et les orienter sur la voie du savoir, de la création et de l’innovation. L’éducation haïtienne doit être inclusive et adaptée à notre réalité. Elle doit  être en mesure de favoriser l’atteinte de nos aspirations et la résolution des défis de l’heure dans un monde qui se globalise.

Je crois que les citoyens de nos milieux reculés et abandonnés doivent se prendre en charge. Dans un état failli avec des élites qui ont failli à leurs missions, l’auto-prise en charge s’impose comme solution de fait en dépit de ses limites. Les citoyens de nos sections communales ne doivent et ne peuvent se croiser les bras en attendant l’intervention d’un être providentiel. En ce moment, nombreuses régions du pays sont reléguées au second rang comme si elles ne font pas parties d’Haïti. Nos élites sont déconnectées des problèmes réels du pays. Quelle devrait être la place de mon père dans une communauté laissée pour contre par l’élite et les dirigeants de son pays ? S’exiler ? Se résigner en attendant de mourir ? Monsieur le révérend prêtre, je ne fais pas l’apologie de l’ignorance et de la médiocrité, je me suis fait la voix des victimes de ce système dont vous êtes aussi garant. Des gens comme moi, il y en a toujours eu et il y’en aura toujours, nous sommes des rescapés. Pour construire la nouvelle Haïti, il faut tout le monde. Et cela, seule une éducation de qualité accessible à tous peut nous permettre de l’atteindre.

J’ai prêté ma voix aux oubliés. Je voulais parler pour les descendants d’anciens esclaves ostracisés et discriminés, victimes de l’exclusion et des faiblesses de notre système éducatif. Ils sont partout. S’ils n’arrivent pas encore à bien s’exprimer en français, ils ont une culture de résultat remarquable et ils croient dans le travail. Leur amour du savoir motive chaque investissement dans la scolarisation et la formation de leurs enfants. Il arrive, malheureusement, qu’ils se font arnaquer dans des écoles et des universités qui ne répondent à aucun critère pour être classé comme tel sous le regard complice de nos dirigeants. Pour ceux d’entre eux qui ont fui le pays à la recherche d’un mieux-être, le constat n’est pas différent. Ils investissent dans la formation de leurs enfants partout sur la planète. Et, ils nous arrivent de célébrer, non sans fierté, chaque réalisation d’un de leurs enfants dans notre diaspora. Le peuple a besoin d’éducation, chaque jour il l’exprime par des sacrifices et des choix difficiles. Je vous invite à lire les données disponibles sur nos étudiants en république voisine et ailleurs.

Il y a deux siècles, nos parents étaient contraints de rester à la campagne, d’avoir l’autorisation d’une autorité et un ordre de route pour aller en ville. Aujourd’hui, certains d’entre nous ont accès à l’éducation, d’autres ne l’ont pas, mais nous sommes impliqués dans nos communautés et à travers une auto-prise en charge nous apportons des réponses concrètes et adaptées aux problèmes les plus complexes. Face à la démission de l’état, vu l’inefficacité de ses actions et la passivité de nos élites, nous ne pouvons pas croiser les bras et attendre de pouvoir parler couramment le français pour prendre notre destinée en main. Demain, avec ou sans éducation, nous serons partout, et vous choisiriez comme toujours de fuir par refus de vous impliquer et de nous donner accès à l’éducation.  Nous sommes le peuple, nous sommes fils et filles des fins fonds d’Haïti, le jour où nous ayons accès à une éducation de qualité, nous ébranlerons le monde de par nos exploits techniques et scientifiques. Il faut un système éducatif adapté à la réalité Haïtienne, inclusif et tourné vers l’avenir.

Jusqu’au début du siècle dernier l’éducation Haïtienne se réservait à l’élite. Et, quelle éducation ? Une éducation copiée de la France et inadaptée à la réalité Haïtienne. La création d’écoles privées reconnue comme activités commerciales creusent encore plus le faussé. A la suite du concordat de Damien, l’Eglise catholique s’est impliquée dans l’enseignement. Au lieu de former des citoyens en mesure de résoudre les problèmes de la société, ouvrir le pays au développement et à la civilisation comme vous dites, nous avons des intellectuels aliénés. Nous aurions sûrement déjà eu de grandes réalisations si notre Elite intellectuelle n’était pas surtout à l’affut de diplôme que de savoir réel et altruiste. L’instruction des masses dans lesquelles résident le développement et l’équilibre de la société est négligée par une aristocratie voulant faire de l’ignorance de la population un gage de supériorité. A ce jour, elle en est encore un luxe. Il est temps que tout cela change.

Malgré l’implication du secteur catholique dans l’enseignement après le concordat de Damien. Implication qui a favorisé l’essor de l’enseignement privées, malgré la cherté et les risques d’aliénation de ce secteur. La magie Haïtienne n’a jamais pu rencontrer son âme sœur la science et fusionner. Nous sommes revenus au temps des sorciers et du fétichisme. Durant longtemps l’école haïtienne n’a fait que produire des chômeurs intellectuels, aigris et voués à conspirer pour prendre le pouvoir comme l’a signalé L.J. Marcelin. [ii] Durant plus de 150 ans, l’enseignement en langue créole a été banni de nos écoles. Dans nombreuses écoles, en 2017,  tout élève qui s’exprime en créole est punis de manière sévère.[iii] On a fait croire que le créole n’est pas une langue. Il suffit de lire des travaux de recherche et l’histoire de certaines langues pour voir combien tout ça est un mensonge bien orchestré.[iv] Le résultat des travaux du MIT prouve qu’il est possible d’enseigner en créole, langue maternelle et officielle en Haïti. Une expérience pilote sur l’ile de la Gonâve confirme qu’il est même plus facile d’apprendre les autres langues lorsqu’on a reçu son instruction de base en langue maternelle. Et, là, je ne parle pas du créole uniquement entant que langue, mais la base pour une éducation inclusive, adaptée et moderne. Pour plus de 90% de la population haïtienne, la seule langue[v] maitrisée est le créole.

Dans presque toutes les constitutions on écrit que l’éducation doit être gratuite. Pourtant, il n’est même pas accessible, voire gratuite. Partout, le niveau baisse et il ne  reste que du commerce.[vi] Et, permettez-moi, l’éducation Haïtienne est injuste ; arbitraire et discriminatoire. Voici une citation de l’intellectuel Sékou Touré décrivant avec exactitude les conséquences de l’éducation dont nous sommes bénéficiaire « L’éducation qui nous a été donné était désignée  pour nous assimiler, nous dépersonnaliser, nous occidentaliser, présenter notre culture, notre conception philosophique, notre conception sociologique et même notre humanisme comme l’expression d’un sauvage, d’un primitive conscient afin de créer un nombre de complexe en nous, qui nous porterait à être plus français que les français eux même ».

Au lieu de construire des écoles et universités standard et d’investir à la formation de professeurs compétents, nos politiciens se marient a l’élite économique et intellectuelle pour piller l’état et envoyer leurs enfants recevoir une meilleure éduction à l’étranger. Ensuite, les intellectuels se démarquent pour dire que le peuple ne veut pas s’élever à la grandeur et que des médiocres sont aux pouvoir. Qui dirigent les partis politiques ? Qui préparent les discours de campagnes ? Qui finance ? Qui sont les super conseillers, directeurs généraux et ministres ? Tout n’est que pure et simple hypocrisie pour amuser la galerie, du reste on s’en plein les poches.

En 1971, le sociologue Hubert Deronceray disait et je cite : « Haïti n’a jamais défini quel type d’homme qu’elle voulait  préparer. Et l’école Haïtienne est au service d’une élite parasitaire et improductive ». C’est une éducation féodale[vii] dans un monde qui se modernise à une vitesse éclaire. Elle ne mène pas à l’effort, conduit aux professions libérales et au mépris du travail manuel. Elle est très théorique et ne répond pas aux besoins essentiels de la société. Certains d’entre nous se croient même être plus français que les français eux même. Il est surement temps que nous ayons en Haïti un système d’éducation autochtone, approprié et réalistes qui priorise l’enseignement techniques, scientifique, industriel et agricole.

C’est la tête qui dirige le corps. Le niveau de progrès d’une société est lié à la formation de ses élites. Il revient à la conférence épiscopale de l’église catholique de reconnaitre sa responsabilité dans la débâcle haïtienne. Depuis plus de 150 ans elle est responsable de la formation de la formation de nos cadres et dirigeants pour une très grande proportion. L’Eglise catholique, depuis plus de 150 ans se félicite une grande contribution dans la formation et l’éducation de la jeunesse haïtienne. Elle dispose de la majeure partie et des meilleures écoles du pays. Dans le cadre du concordat de Damiens[viii] l’église s’était engagée à construire des écoles et aussi à former des maîtres pour la transmission du savoir. En échanges, l’église catholique jouit d’une franchise pour tous types de biens destiné à servir l’église, à contribuer à la construction d’école ou d’église.

Il est temps de dire c’est assez et d’arrêter de pleurnicher, très chers intellectuels. Si dans 20 ans rien n’est fait pour rendre l’accès à une éducation standard accessible à tous et a toutes, le tableau va s’assombrir. Il est temps que l’éducation gratuite garantie par la constitution cesse d’être un leurre. Il faut que les enfants qui ont été dans nos meilleures écoles ne ressortent plus déconnectés de leurs communautés. Avant de leurs dire qu’ils sont prédestinés à jouir et diriger, il faut leurs apprendre qu’une élite a aussi la responsabilité de s’impliquer, se responsabiliser et servir.

Recevez mes salutations les meilleures,

 

Job Peterson Mompremier

La voix des oubliés.

05-07-2017

 

 

[i]http://haiti.mondoblog.org/2017/07/03/arretez-dhumilier-pere-cessez-massacre/

 

[ii] Marcelin, L.-J., 1861-: Haïti : ses guerres civiles–leurs causes, leurs conséquences présentes, leur conséquences future et finale : moyens d’y mettre fin et de placer la nation dans la voie du progrès et de la civilisation : études économiques, sociales et politiques / (Paris : A. Rousseau, 1892-1893)

 

[iii] https://www.facebook.com/antoninem/posts/1505999476126781?notif_t=close_friend_activity&notif_id=1499286319705695

 

[iv] http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/146644/Michel-DeGraff-Lang-kreyol-la-se-yon-lang-total-kapital

 

[v] http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/63670/Kreyol-ayisyen-an-yon-lang-tankou-tout-lang

 

[vi] https://www.facebook.com/gessica.geneus/posts/10211826183153183

[vii] http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/153193/Pourquoi-le-systeme-educatif-haitien-est-il-a-repenser

[viii] http://www.radiotelevisioncaraibes.com/nouvelles/haiti/martelly_veut-il_mettre_fin_au_concordat_de_1860_accordant_des_p.html

Arrêtez d’humilier mon père, cessez son massacre !

Quand je me trouve  sur le terrain, je n’utilise pas mon smartphone. Le signal internet passe très mal dans le fin fond d’Haïti et aujourd’hui encore, certaines régions du pays ne connaissent pas l’existence du courant électrique. Le pragmatisme consiste à utiliser un téléphone offrant solidité, et autonomie d’une semaine. Lorsque l’alerte de ma maman m’est parvenue, j’ai dû marcher deux heures à travers les montagnes pour arriver à un point de taxi moto. C’est le quotidien de certaines des personnes avec qui je travaille pour aller au marché, au dispensaire le plus proche, à l’école ou tout simplement pour visiter leurs enfants en ville. Je vous parle d’Haïti en 2017.

Je ne vous adresse pas ce message pour parler de moi ou de mes activités professionnelles, non, loin de là. Mon implication et mes sacrifices pour contribuer à l’auto gestion et à la prise en charge de certaines communautés en Haïti n’est pas une quête de reconnaissance. C’est mon engagement et l’expression de ma volonté pour un développement réel et une amélioration des conditions socio-économiques en Haïti.

Lorsque je suis arrivé à la maison, j’ai trouvé ma petite sœur en sanglots. J’ignorais encore ce qui se tramait. Je questionnai ma maman, elle me conseilla de consulter les réseaux sociaux, ou, à défaut, mon téléphone. À peine mon internet connecté  (chez nous le mégabyte s’économise), les messages pleuvaient. J’avais eu droit à ma dose de choc. La prestation de serment de mon papa pour son troisième mandat de CASEC est venue hanter notre famille. Sur les forums, des personnes qui me connaissaient, évitèrent de commenter. D’autres partageaient la vidéo avec des commentaires tous plus irrationnels les uns que les autres. Des haïtiens de la diaspora s’érigèrent en donneur de leçons. Les faiseurs d’opinions des émissions à grande écoute se lavèrent les mains et procédèrent à la lapidation de mon papa comme lors des cas de viol, la victime est jugée coupable parce que nous voulons avoir bonne conscience.

Je vais vous parler de cet homme qu’est mon papa. L’objectif n’est pas d’obtenir votre pitié, mais, de préférence, rétablir l’honneur d’un homme bien, rude travailleur, humaniste et aimant de sa communauté.

Né le 4 décembre 1962, mon papa n’a pas connu son père. Sa mère est morte en le mettant au monde. Élevé par sa grand-mère que nous appelons affectueusement manmie, c’est un héros. Scolarisé après 6 ans, il a eu son certificat d’études primaires à 19 ans. C’était une grande joie pour toute la famille, avant lui, personne n’avait eu le privilège d’aller à l’école.  Après son CEP, il a été admis dans une école vocationnelle où il a appris l’élevage. Parallèlement, il s’est formé à travers des organisations paysannes et communautaires. Comme beaucoup des enfants de nos milieux ruraux, il ne parle pas français. Mais, c’est un homme pragmatique et laborieux qui a travaillé toute sa vie. De mon enfance jusqu’à mes 30 ans, jamais la pluie ou une situation ne l’ont retenu au lit. Même lorsqu’il ne se portait pas bien, il ne ratait pas une rencontre ou un atelier, où souvent il était invité à partager ses expériences. Il n’avait pas attendu d’être candidat ou de devenir CASEC pour se mettre au service de sa communauté. Grâce à l’application de ses conseils, notre section communale a été exempt des dégâts de l’épidémie de charbon (anthrax) sur nos vaches et bœufs ainsi que la crise de la vache folle.

La politique, c’est la dernière chose qui l’intéressait. À travers des organisations sociales de bases, il s’était toujours impliqué pour notre communauté. Qu’il s’agisse de mes sœurs ou moi, nous pouvons dire qu’il n’a pas attendu une fonction ou un emploi au niveau de l’administration publique pour nous offrir une vie décente. Cela fait 5 ans que je suis licencié en agronomie et que je développe des projets en agro-foresterie et en agro-écologie, jamais je n’ai été renvoyé de l’école ou de l’université. De sa vie, il s’est fait un sacrifice pour nous éviter les peines qu’il avait connu.

Avant de se porter candidat au poste de CASEC, la population l’a plébiscité. À travers ses connexions dans les organisations communautaires, il a ouvert un dispensaire dans la zone où des cubains viennent régulièrement dispenser des soins à la population. Toute personne née et qui a grandi ici peut aussi témoigner de son dynamisme et de toute l’énergie qu’il a mis dans la création d’une coopérative paysanne de transformation agro-alimentaire. Aujourd’hui notre communauté est exportatrice de produits bio et nous travaillons pour faire reconnaître notre marque d’origine sur le marché équitable. Parmi les 5 sections communales de la commune, nous avons le plus haut taux de scolarisation et la déperdition scolaire se recule à chaque jour. Grâce aux bénéfices générés par la coopérative, nous avons une école communautaire très bien structurée dont les résultats aux examens de 9e AF n’ont rien à envier aux écoles étrangères, congréganistes et privées.

Pour les voisins, mon papa est un modèle de discipline et de leadership conseillé aux enfants. C’est un serviteur de sa communauté. Pour nous, sa famille, c’est le meilleur des pères et un bon mari. Jamais je n’ai entendu ma maman se plaindre ou je ne l’ai vue s’effondrer dans des crises de jalousie. Pour avoir grandi sans père, mon papa sait ce que cela implique une relation extra-conjugale et les conséquences que cela puisse avoir sur l’avenir des fruits qui en ressortaient en cas d’accident ou juste pour satisfaire le désir de procréation de sa partenaire. Il m’exhortait toujours à être un bon mari et un bon père. Il  m’invita dès mon jeune âge à lui assister dans ses activités en vue de m’inculquer l’amour du travail et l’attachement à sa terre natale.

Il avait un rêve, il s’était battu pour sa réalisation. Vous ne nous connaissez pas, mais moi, mon frère et ma sœur sont de véritables serviteurs. Ma sœur est infirmière en ville. Mon frère, orateur comme lui seul, est avocat militant au barreau de notre chef-lieu. Mon papa ne s’exprime pas en français, ce n’est un secret pour personne et il n’allait pas se prêter à pareil exercice si on ne l’avait pas obligé. Il est loin d’être un nul ou un citoyen passif attendant son intégration dans l’administration publique pour faire son beurre. Son avenir est derrière lui, bien vécu, aujourd’hui il ne fait que mettre son leadership et ses compétences au service de sa communauté.

Comme toute personne sur terre, sa vie est un défi. Il la vit avec amour. Cela lui arrive de trébucher et de pleurer, à chacun ses points faibles, mais il s’est toujours relevé pour continuer d’aller de l’avant. Aujourd’hui encore il va se relever. Peut-être qu’un jour vos enfants étudieront ce qu’a réalisé cet homme comme beaucoup d’autres qui ne savent pas lire et s’exprimer couramment en français.

Job Peterson Mompremier

Fils d’un paysan-CASEC

27, 28 juin 2017

L’histoire d’un homme qui a laissé sa petite amie pour un mariage et une résidence aux Etats-Unis (Partie 2)

(Suite)

Ça faisait un peu de temps que je n’avais pas vu ma chère maman. Entre le rendez-vous fixé pour le week-end de la semaine prochaine, et mon prochain voyage, j’avais 10 jours à passer en Haïti. Pour profiter au max du voyage et passer du temps avec ma famille, le même jour, j’ai fait une réservation pour le Cap-Haïtien.  Je voulais profiter à fond de mon séjour et resserrer les liens avec ma terre natale. Les nouvelles compagnies de transport permettaient désormais de relier Cap-Haïtien à la capitale en moins de 7 heures et tout au cours de la journée. Je ne pouvais que féliciter chaque entrepreneur qui prenait des risques pour tisser l’espoir et résoudre des problèmes en Haïti.

Contrairement à Port au Prince où j’ai passé quatre nuits dans un hôtel de grand prix et avec de piètres services, j’ai choisi la demeure familiale pour mon séjour au Cap-Haïtien. A l’hôtel, en dehors des recommandations et suggestions que j’ai adressées au responsable au moment de le laisser, je n’ai pas été exigeant.  Je savais que j’étais en Haïti. Malheureusement, chez nous, il faut s’attendre au pire tout en espérant le meilleur. Nous avons peut-être placé les bœufs avant la charrue. Développer le tourisme ne pouvait se résumer à une question de belles images.

Nous ne nous sommes pas encore relevé du 12 janvier. Lorsque j’avais laissé le pays, on se débattait entre construction et reconstruction. Des promesses pleuvaient, la charité internationale avait bonne augure et une pluie de célébrité s’abattait sur nous. Au moment de mon séjour, aucun des plans proposés pour la nouvelle capitale ne s’était exécutée. Nous nous obstinions à claironner notre ouverture aux investissements et nous nous félicitions de nos avancés sur le plan touristique tout en fustigeant nos déficits d’infrastructures de base et notre manque de ressources humaines qualifiées. L’électricité demeurait un luxe. La majorité de nos institutions et grandes entreprises faisaient appel à des compétences étrangères. En dehors des belles images très bien travaillées pour faire penser que tout allait pour le mieux en Haïti, les médecins étaient constamment en grève, sans parler des étudiants qui étaient censés être le moteur du développement du pays.

Accompagné de mon père et de ma mère, j’ai effectué un pèlerinage pour saluer des proches et famille. Je ne pouvais oublier combien de fois j’avais fait semblant de ne pas entendre ma mère qui me questionna sur mon ex-femme. Je me sentais tout au cours de nos trajets un peu épuisé de ses « si ou te koute m, ou te kite Bondye ba ou moun pa w la, sa pa tap janm rive. » Mon père, fidèle à lui, sans piper mot, se disait peut être continuellement qu’il avait eu raison de ne pas avoir assisté à mon mariage. Il avait toujours été fidèle à ses convictions et ferme dans ses positions. Aujourd’hui encore, j’étais persuadé que seul l’amour maternel pouvait pousser ma mère à s’opposer à son mari. Elle m’avait accompagné devant le juge de paix qui siégeait pour mon mariage.  Le pasteur de l’église où j’avais été présenté et baptisé refusait de célébrer mes noces. Je regardai encore les photos de la petite pièce du tribunal de paix où avait eu lieu le mariage et je n’arrivais pas à comprendre combien j’ai été ridicule et dépourvu de mon bon sens. Pour ce mariage, j’avais piétiné mes valeurs et principes ; transigé mes règles et mes valeurs familiales. Si seulement je pouvais revenir en arrière…

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Aux États-Unis, la lune de miel a été de courte durée. Contrairement à ce qu’elle m’avait dit, elle n’était plus infirmière. Ou, pour dire mieux, elle avait perdu sa licence pour conduite en état d’ivresse. Là-bas, c’est  tellement différent de chez nous où nos professionnels de santé s’en fichaient pas mal des patients et de leur propre comportement.

Pour joindre les deux bouts et répondre aux dépenses du foyer, je me suis plongé dans un rythme de vie inhabituel. Lorsque je laissai la maison pour aller travailler, parfois ce fut plus de douze heures dont quatre en transport public pour l’aller et retour. J’ai multiplié les emplois à temps partiel et au salaire minimum. Souvent, à la fin de la quinzaine, après avoir payé nos factures, il ne resta plus rien à épargner.  Quand je pensai que chez moi, en Haïti,  je pouvais être au chômage ou qu’il fallait être millionnaire pour avoir la qualité de vie que nous avions ici, je considérais qu’en dépit de tout c’était un privilège. En se levant les matins pour braver le froid et la neige, on ne pouvait que souhaiter du mal aux politiciens qui ont exploité et dilapidé les richesses d’Haïti, chacun à sa manière. Je ne pouvais espérer qu’un jour le peuple s’éveillera pour s’impliquer, se responsabiliser, s’engager dans l’intérêt du bien-être de tous les haïtiens. Et que la diaspora puisse disrupter le système d’assistanat pour renouer avec ses racines, s’investir et s’impliquer directement de par ses expériences, ses compétences et ses ressources au progrès et au développement d’Haïti.

Avant de revenir à Port au Prince, enthousiasmé de revoir Lolotte, j’ai profité de ma présence dans le Nord pour visiter le PNH (Parc National Historique). Grâce à un contact, j’ai été à Labadie. Je suis allé me relaxer et déguster des fruits de mer frais sur l’îlet-à-rat. J’ai été aussi à Vertières, sur l’habitation Breda et à Bois Caïman. Ce qui m’a un peu choqué, ce fut l’état de délabrement du Musée d’Art Arawak de Guahaba au Limbé. Les poissons de Camp Louise, les noix de coco de Chouchou Bay, la canne à sucre, la pêche sur la plage Caramel et sa petite île à Bas Limbé  ainsi que ma plongée au bassin Waka ne pouvaient que me donner courage et rallumer ma confiance en un lendemain meilleur. Je gardai pour toujours ces souvenirs et nombreuses photos sur mon compte Instagram retraçant ces instants de bonheur entre amis et famille. Parmi les riverains, j’ai même eu le temps de faire de nouveaux amis. Les gens du Nord sont si hospitaliers.

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Je regardai mon portable, il est cinq heures trente minutes, fini de me préparer, je pris la direction de notre lieu de rendez-vous.  J’arrivai au restaurant avec une avance de dix minutes par rapport à l’heure établie, un monsieur m’accueillit. Pour une fois, l’agent de sécurité ne m’a pas questionné comme quelqu’un ayant perdu son chemin. Un serveur me dit que ce Monsieur de couleur noire et à l’allure impressionnante était le maître des lieux.

Une fois à l’intérieur, j’ai regardé partout sans apercevoir la silhouette de Lolotte. On dirait qu’elle m’a posé un lapin pensai-je. Puis, j’ai entendu cette voix dans mon dos qui m’appela, cette voix que je reconnaîtrais parmi tant d’autres, celle de Lolotte. Elle était assise sur une table un peu à l’abri des regards. Pendant un temps, j’ai voulu croire qu’elle s’était camouflée pour me faire la surprise. Mais non, elle me dit qu’elle était à l’intérieur bien avant que son mari vienne la prévenir de ma présence. Le Monsieur qui m’a accueilli c’est son mari…Je suis tombé des nués. Malgré la température plus ou moins froide, mon corps s’est baigné de sueur.

Je ne m’attendais pas à cette situation. Avec monsieur, qu’elle avait rencontré dans le cadre de sa maîtrise en économie du développement à l’UEH, elle avait eu un garçon. Après que je l’avais abandonnée, la vie ne s’était pas arrêtée pour elle. Elle a dû prendre son courage à deux mains et affronter l’avenir avec plus de confiance, de motivation et de détermination. Aussi inattendue et douloureuse que puisse être une rupture, elle est souvent l’occasion de revoir ses priorités et d’avancer dans la vie avec plus de détermination. Et qu’une personne ne devrait pas faire d’une autre le centre de sa vie me dit-elle. J’étais un peu attristé à entendre ses mots, mais au plus profond de moi, je savais qu’elle disait vrai. J’étais malgré tout fier de cette personne qu’elle était devenue loin des objectifs que nous nous étions fixés. Après tout, une femme instruite résiste à tout, même à l’abandon.

Femme autonome, épanouie et émancipée, elle concilia aujourd’hui vie familiale et professionnelle. L’entreprise où je l’avais rencontré la première fois est une agence en conseils et stratégies qu’elle avait lancée il y a plus de deux ans. Aujourd’hui, elle se dit compter parmi ses clients de nombreuses entreprises haïtiennes et surtout des organisations internationales et entreprises voulant s’implanter en Haïti. Avec ses économies, elle s’était associée avec son mari et deux amies pour ouvrir ce restaurant au cœur de Pétion-Ville. C’est la concrétisation d’un rêve qu’elle caressait depuis qu’elle avait été expulsée dans un restaurant à cause de la couleur de sa peau. Pour faire face à l’augmentation de la demande et suite à une étude de marché,  elle rêvait d’agrandir le restaurant. Mais, face aux procédures abusives, aux taux bancaires très élevés, au clientélisme et au risque de se faire voler le projet, elle demeurait perplexe et se concentrait sur la pérennisation de cette place où l’accueil, l’amabilité, le professionnalisme et la qualité étaient au rendez-vous.

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La conversation fut intense. Après avoir vidé nos casseroles, se faire un raccourci de tout ce qui s’est passé durant notre séparation, le sourire était au rendez-vous. Plus le temps passait, plus nous nous sentions en harmonie. A chaque occasion, entre deux histoires, je me faisais une brèche pour la rappeler combien elle restera à jamais dans mon cœur et que je regrettais de l’avoir fait souffrir.  Elle m’a longtemps pardonné tout en se retrouvant dans l’impossibilité de m’oublier me confia-t-elle. Certains faits arrivaient à surmonter le temps à travers les cicatrices et les traces qui sont restées.  Elle me dit toujours espérer qu’un jour je reviendrais et que cet instant à deux serait pour elle une joie immense. Elle ne m’a pas détesté ce qui me rappela son grand cœur. Je suis en dépit de certaines ratures, la meilleure histoire de son existence.

Son mari commença à se faire remarquer et à la solliciter de plus en plus, j’ai compris qu’il était temps de prendre congé et que par amour et respect pour elle, je ne devrais pas prendre plaisir à faire souffrir son mari. Je m’imaginai jaloux et attachant, en train d’observer ma femme sourit avec un ex qui, en bien comme en mal, revenait toujours dans nos conversations. On s’échangea les contacts et nous nous sommes promis de nous ajouter sur Facebook. Je fis mes adieux après qu’elle m’ait parlé de son fils Jean comme une traduction de mon prénom John. Elle décida de m’accompagner à la sortie. Une fois à la porte, on s’est serré dans les bras avant de nous séparer avec un sentiment de regret et de culpabilité partagé. Je pouvais sentir des larmes me piquer les yeux. Puis, je fis signe au chauffeur de taxi moto qui m’attendait pour regagner l’hôtel où je m’étais logé. Toute la nuit, le cœur endolori, je pensais à elle. Je me projetais avec elle à travers des scénarios pour essayer de m’écarter de mes regrets. Pour une fois, depuis des lustres, j’ai ressenti des palpitations qu’aucun mot ne pouvait décrire. Je me sentais connecté avec elle, le courant passait, je pouvais ressentir nos cœurs qui battaient à l’unisson. L’amour était là, et une chose était certaine à cet instant, j’allais tout faire pour la reconquérir.  Et ce fut ce nouveau John, un John confiant et déterminé à redonner du sens à sa vie qui le lendemain prendra l’avion pour braver le froid de Boston.

 

Job Peterson Mompremier

J’ai lâché ma petite amie pour un mariage et une résidence aux Etats Unis

L’histoire d’un homme qui a laissé sa petite amie pour un mariage et une résidence aux Etats-Unis (Partie 1)

 

J’ai rencontré Mlle Lolotte en 2006 alors que j’étais en année préparatoire à l’université. Venant du Cap, c’est grâce à ma chère dulcinée que j’ai pu m’adapter à la réalité Port-au-Princienne. Avec le temps, on a appris à se connaitre, s’épauler, s’entraider. Ce fut avant ce grand éveil numérique et cette fièvre des réseaux sociaux au sein de la jeunesse haïtienne. A l’époque, au retour des cours, au lieu de s’accrocher à l’écran de nos téléphones, nous commentons les cours, nous planifions des séances de travaux en groupe. A force de se côtoyer, (communication, complicité, respect, attention, affection, entraide …) nous sommes arrivées à nous mettre ensemble. Permettez-moi de ne pas rentrer dans les détails de notre grand amour et des projets que nous avions pour notre couple. A l’époque, nous prévoyons déjà de nous marier pour pouvoir bénéficier d’un programme spécial de maitrise au Canada après notre soutenance.

Je garde encore le souvenir de notre premier baiser. Ce fut à la fois passionnant et sensuel. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce fut une nuit de juillet, après une journée intense à travailler les Mathématiques Financières pour notre examen final, aux environs de 6 heures P.M., nous pénétrâmes une plage sur la  route Sud, à Gressier. Main dans la main, nous prenons la direction de la rive après avoir rempli les formalités d’usages. Il soufflait un vent doux et agréable, la lune jouait à la capricieuse en cachant ses capacités d’éclairage. Un Spotlight a été projeté sur l’eau comme pour refléter l’immensité de l’océan. La plage était déserte, dans de rares coins on entrevoit à peine des silhouettes en mouvement. Nous nous sommes livrés l’un l’autre, ensemble on a parlé de tout. Les mains jointes, je me suis rapproché vers elle, d’un élan, j’ai fait le grand saut et j’ai saisi ses lèvres délicieuses. A ce moment, un silence de cimetière s’est installé entre nous deux. Ce fut glacial. Puis, nous sommes embrassé jusqu’à ne plus ressentir nos lèvres. Lorsque j’ai voulu passer à une nouvelle étape, elle refusait. Elle s’opposait toujours de faire comme tout le monde lorsque c’est à l’encontre de ses valeurs et principes. Comme depuis mon jeune âge, un non c’est un non, j’ai acquiescé.

12 Janvier 2010, le tremblement de terre m’a surpris sur la route du retour des cours. Au départ, je n’étais pas conscient de ce qui se passait. Le temps d’arriver à la maison, je croyais à la fin  du monde. Désarroi total. Des gens couraient dans toutes les directions. Des personnes, dont Certains étaient athées qui sont devenus croyants et implorent la présence de Jésus. Arrivé à la maison, parlant de maison, il ne restait que l’espace et les débris. Une partie de la maison de quatre étages du voisin, vite fait et mal fait, a aplatît l’espace que j’avais en l’occasion. J’ai contacté ma petite amie sur son numéro d’une compagnie haïtienne qui n’existait plus, elle se portait bien. J’ai passé la nuit chez elle, dans une pièce de maison loué par ses parents vivants à la campagne.

Le lendemain, je regagne ma ville natale Cap-Haitien grâce à la solidarité de la population Capoise à travers sa Mairie. Le maire de l’époque faisait preuve d’un dynamisme remarquable et la population, sous le choc, était prêt à aller faire du bénévolat à Port au Prince tout comme les scouts l’ont fait aux Gonaïves après les catastrophes naturelles dont cette ville a été victime. Mais, la réalité, en plus des problèmes logistiques, la majorité des personnes ignoraient la gravité réelle de ce qui s’était passée et l’ampleur des dégâts. Je me demande encore comment serait la grande ville des Gonaïves si les gens ont attendu que l’état ou des ONG viennent leurs payer pour redonner un sens et gout à la vie dans cette ville incontournable dans la grande Histoire d’Haïti, des noirs et de l’humanité. Aux Gonaïves, le 1er janvier 1804, avec la proclamation officielle de l’indépendante, Haïti a réorienté l’économie et les conditions sociales du monde jusqu’ici reposées sur l’esclavage, le colonialisme et le racisme. Ce fut la consécration sur l’armée de Napoléon, la plus grande armée de l’époque.

Deux mois après, j’ai regagné Port au Prince. On y habitait ensemble de manière officieuse et nous nous arrangeons avec des amis lorsqu’il va y avoir visite d’un parent. Pendant ce moment-là, tout s’est basculé en Haïti. Port au Prince était devenu invivable. ON faisait de grandes promesses et donnait peu. Les ONG mobilisent beaucoup d’argent et dépense peu pour les causes dont les fonds ont été levés. L’université, l’école, les commerces, les entreprises et institutions publiques, peinaient à se relever. Face à ce désarroi, il n’y a que l’église qui s’accroissait, en particulier les églises chrétiennes de confession de foi pentecôtiste.

Comme beaucoup, pendant que je suis à la maison avec ma chère dulcinée, je me suis fait un passeport. Un cousin très longtemps déconnecté me parlait d’une connaissance qui a besoin d’un mari. En un rien de temps, Lolotte était devenu infréquentable. A y penser, je m’en veux encore. Surtout lorsqu’avec moi-même, impossible de mentir, je sais que ce n’était qu’un prétexte, c’est elle que mon cœur voulait. Mais, confronté à la dure réalité ; faisant face au désespoir ; perdant foi dans nos politiques, je voyais l’avenir ailleurs. J’ai perdu la confiance en moi et dans mes compétences. L’idiot que j’étais n’avait même pas pris le temps de penser à nos projets, a ses sacrifices, aux mensonges qu’elle vivait et aux maigres ressources alloués par ses parents qu’elle prenait le soin de mettre à ma disposition avec soin, dans l’espérance d’un avenir commun et par amour.

En 2014, je me suis divorcé. Face aux contradictions de nos valeurs et de notre éducation, la vie de couple était difficile. Durant nos trois années de vie commune ce fut une cohabitation difficile. Je ne vais dire que J’ai connu l’enfer, personne n’a déjà été, mais je souhaite qu’il ne soit pire que ce que j’ai vécu. En plus de l’ambiance invivable à la maison, il y avait la réalité au travail. Il y a cette exploitation insoupçonnée de la force du travail à laquelle je n’avais habitué. Incalculable est le nombre de fois que nous nous sommes chamaillés face à mon refus d’être assouvi par le monde la consommation. On travaillait pour ne rien économiser. Maison, Voiture, Salon, garde-robe… Je ne pouvais accepter de vivre pour plaire au regard des autres. Je refusais de faire comme ces milliers de mes compatriotes qui ont l’air rouler sur de l’eau et qui ne sont à l’abri du nécessaire. J’ai voulu calculer, planifier, économiser et nous libérer des petits boulots à temps partiels. J’ai refusé de m’endetter pour aller à l’université et finir par travailler comme un simple salarié. Elle ne voulait pas souffrir pour construire. Elle ne comprenait pas que la vie de famille ne peut se résumer à une simple question d’enfanter, c’est toute une entreprise, un projet sur le long terme et pour les générations futures.

Après mon divorce, je suis revenu en Haïti. Avec des amis je me suis mis à la recherche de Lolotte. Je l’aimais encore. Et, j’étais un peu persuadé qu’elle allait me pardonner. On n’oublie pas son premier amour disent toujours les filles. J’avais peur de ne pas la retrouver dans un piteux état. A force de rechercher, je suis tombé sur une vielle amie qui me mettait sur sa piste. Je suis allé sur son lieu de travail. Je l’ai vu, mon cœur palpitait, je ne pouvais contrôler les pleurs. Elle est comme je ne l’ai jamais vu avant. Élégante ! Sublime ! Radieuse ! Elle est divinement belle comme aurait pu dire un bon ami. J’ai l’impression, vu ses sollicitations, qu’elle est la dirigeante de l’entreprise.

Face à son emploi de temps chargé, et pourvu que je ne faisais pas partie de son agenda, elle m’a proposé un rendez-vous en tête à tête. Je rêve déjà d’y être !

 

 

Une fiction de Job Peterson Mompremier

9 Février 2016

Valery Numa, une vie à entreprendre !

A la salle de conférence et de développement humain de La Fondation ETRE Ayisyen,  Delmas 66 Annexe GaMa, le vendredi 29 juillet 2011 à 3 h pm, une centaine de jeunes entrepreneurs leaders  ont accueilli Valery Numa. L’objectif premier était de partager avec ces jeunes son success story sous l’invitation de ladite fondation.

Journaliste dépassant les commentaires et Entrepreneur modèle, Valery Numa est Propriétaire de Break Time Restaurant à Petionville ;  Le Recul Hôtel  à Camp Perrin et de Excel Ecole de Journalisme.  Valery Numa a retracé dans cette présentation les différentes étapes de ses parcours professionnel et entrepreneurial. Lequel parcours je vais vous rapporter dans les lignes qui suivent.

Dans cet exposé, Valery a  commencé par retracer son parcours académique.

Né à Camp-Perrin, j’ai effectué mes études primaires dans ma ville natale. Et mes études secondaires au Nouveau Collège Bird. Elève  Brillant en primaire, j’ai du passer ma première année au Nouveau Collège Bird tout en essayant de m’habituer et d’intégrer l’école avant d’affirmer ma brillance en classe, brillance qui a demeuré depuis la 8e jusqu’à la terminale.’

Après les examens de Bacc I j’ai  connu  de mauvais moments pour n’être pas le lauréat national  que je souhaitais ardemment être.

A l’école j’animais toujours les activités. Et j’ai obtenu beaucoup de prix d’écriture, de poésie et d’improvisation. Un jour un Canadien m’a invité à Co-animer avec lui une émission. Et depuis lors je suis dans les medias. Cependant conformément à  ma logique  d’être professionnel, j’ai effectué des études en Journalisme. Et aujourd’hui j’ai deux spécialisations, l’une en interview et d’autres en investigation journalistique. J’ai parallèlement suivi des cours sur les affaires, sur le cinéma et sur la cuisine.

Valery l’entrepreneur

Il a continué pour en parler de son parcours entrepreneurial. D’entrée de jeu il réclame et prend le chapeau d’entrepreneur en prenant le soin de différencier l’entrepreneur du commerçant.

Je ne suis pas un commerçant mais de préférence un entrepreneur. L’entrepreneur c’est celui qui prend des risques sur le moyen et le long terme.

J‘ai débuté avec mes activités entrepreneuriales en classe de 3e secondaire. Au nouveau collège Bird presque tous les petits marchands de Juna de l’époque vendait pour moi autrement dit ils étaient mes distributeurs directs. A la rue de la réunion ou j’habitais, nous avions de l’électricité 24/24.

A la maison j’avais des  sœurs et cousines commerçantes. Grace à Mario Geffrard mon professeur de maths  a l’école qui a fait le calcul sur le développement d’un concept de vente de sandwich sur l’effectif de 500 a 1000 élèves a vouloir consommer deux fois par jour.  

J’ai commencé avec un congélateur usager. Et j’ai passé d’un congélateur usager  à deux congélateurs

En classe de rheto  un ami me demandait de lui emprunter 20.000 gourdes pour acheter un taxi. Je lui ai proposé de devenir son partenaire au lieu de le lui prêter  l’argent. Ainsi j’ai débuté comme entrepreneur actif en conduisant le taxi les soirs puisque je suis à l’école durant la journée. Et mon ami conduisait la journée. Cela m’a permis de connaitre tous les rues de Port-au-Prince et de développer mon reflex. Parce qu’en tant que chauffeur de taxi il suffit parfois de regarder les gens pour conclure là où ils iront.

J’ai toujours rêvé d’être Ingénieur Architecte.  Par  amour pour cette profession j’ai conçu le plan      préliminaire de toutes mes constructions et recherche des plans sur internet pour études et réflexions comme je fais pour l’histoire de la vie  des modèles que je me suis attribué dans la vie.

Après la philo j’ai étudié la communication. Et étant devenu journaliste a succès j’ai constaté que ma notoriété pourrait être un atout exceptionnel.

Comme journaliste j’ai travaillé environ deux ans à Céleste FM ; 3 ans à radio Kiskeya et j’ai plus de douze ans a Radio Vision 2000. J’ai commencé  à travailler pour un salaire de 375 gourdes avant que mon salaire passe à 750 gourdes que j’ai rarement touchées. J’ai même eu 7 mois d’arriéré salaire. Aujourd’hui je suis l’un des journalistes les mieux payés du pays.  J’espère prendre ma retraite radio sous peu à Camp Perrin.

De Excell à Break Time toutes les histoires sont fascinantes. Cependant l’entrepreneur et journaliste Valery Numa ne nous a décrit avec soin et emphase que l’histoire des deux entreprises Jumelles : Break Time et Le Recul qui ont ouvert leur   porte la même année pour être plus précis en 2008.

Break Time est né après que j’ai pu constater que je pourrais rentabiliser mes rencontres et consultations. D’ordinaire  presque chaque jour je rencontre environ trente personnes par jour dans des restaurants appartenant a d’autres particuliers. J’ai vu  une opportunité que je ne m’attardai pas à saisir. Et un beau jour j’ai fait le calcul que je pourrais également les recevoir dans un lieu qui m’appartient avec la certitude que ceux qui sont en attente consommeront.

En passant je dois vous dire que je suis croyant. Je crois en Dieu. Avant d’enchainer : ma philosophie est la suivante : « Tout ce qui arrive c’est pour un bien ». Contrairement, bien sur a d’autres qui croient que tout ce qu’ils font ne marchera pas.

Pour continuer,  quand j’ai enfin retrouvé un lieu pour devenir opérationnel et que j’ai demandé a un ami son avis il ma’ dit que ca na marchera pas, cet endroit  ne pouvait accueillir un restaurant. Mais quand j’ai demandé à Mr Lionel Pressoir, animateur de Vision destination Saveur sur Vision 2000, il m’a encouragé et m’a prêté  des matériels pour aménager l’espace et lancer l’entreprise.

Après l’ouverture du restaurant j’ai du constater qu’il tourne autour de  moi. En mon absence le restaurant a du mal à fonctionner. Les gens ne viennent pas. Au début nous avions eu 5 tables et parfois nous utilisons les trottoirs. Nous accueillons environ  50 personnes par jour. Et nous sommes opérationnels  qu’à partir de 4 heures PM. Pour surmonter l’obstacle ci-dessus mentionné j’ai torturé mon imagination en vue de retrouver des stratégies efficaces. Et leurs applications nous assurent encore notre continuité sur la voie du succès. . Aujourd’hui Break Time se trouve sur un espace très bien aménagé et aéré à la rue Daguin Pétion Ville.

J’ai vite compris qu’il ne faut pas  demander de conseil aux gens qui n’ont jamais rien réussi ou qui ne connaissent  pas votre domaine parce qu’ils n’ont rien à partager que leur échec ou leur inaction.

Pour lancer Le Recul, mon ami Patrick Moussignac qui a fait la copie de son compte bancaire comme assurance afin que je puisse contracter un prêt dans une caisse de crédit.

 Vers une heure de l’après midi, un beau jour, sortant de Presse Café,  un Monsieur me demanda : est ce moi Valéry ? Je lui ai répondu affirmativement. Ce bonhomme c’est Guy Lodé, Directeur de Crédit a la Scotia Bank, Il me présenta  Honorat le Directeur Adjoint  et me demanda  est ce que si la Banque me prêta  de l’argent je pourrais la lui rembourser dans 6 mois. Et demanda à Honorat s’il n’a pas de forme de crédit dans l’auto. Ensuite il me demanda de venir avec  une patente et une lettre retraçant ma vision. Il souligna que je vais être obligé de faire le sacrifice de venir a son bureau à carrefour Thorland. C’était un mardi. Je lui ai dit que je dois planifier et que je viendrais jeudi. Ainsi jeudi je me suis rendu a son bureau.

Arrivé  dans le bureau de Monsieur Lodé, je lui ai entendu dire à Honorat et autres personnes dans l’interphone, mon envie est là. Ainsi comme c’était dit tout est fait.

               J’ai un ami ambassadeur Itinéraire qui me demanda  de l’emmener à l’hôtel.  Je lui ai dit que je n’ai pas d’air conditionné, et d’autres infrastructures. Il insiste à ce que je l’emmène.  Je le lui ai emmené. De retour il me signe un cheque de 5.000 dollars U.S. et m’exhorte de faire le retrait le plus rapide possible pour acheter l’air conditionné…. Je ne les ai pas acheté et a augmenté  les chambres de l’Hôtel. Ensuite il y a Monsieur René Max Auguste de la Valerio Canez qui m’offrit  un crédit de 13.000 dollars. J’ai organisé une fête a l’Hôtel et j’y ai place dans la salle une boite a suggestions. Apres la fête presque tous ont laissé un cheque de 50.000 gourdes. Et Hérold Jean François en plus de laisser son cheque a inscrit que je devrais changer les lavabos.

 

Pour finir Valery Numa a conseillé  à ce que nous côtoyons des gens qui ont réussi ; avoir une attitude de gagnant et avoir des idées, de la vision tout en se mettant a point pour pouvoir saisir le momentum et  le déclic.

Et a raconté  enfin  l’histoire des « l’histoire de la grenouille qui était sourde» pour mettre fin a sa présentation.

Du reste Valery  est dynamique, courageux, un entrepreneur ouvert et prêt à partager son histoire avec d’autres jeunes afin de les inspirer.

 

Je prends le soin de partager l’histoire avec qui ce dernier avait mis terme a son exposé. La voici ci-dessous :

  Une bande de grenouilles décida d’organiser une course. L’enjeu était d’être la première à arriver tout en haut d’une très grande tour.

Dès que la nouvelle de la course se répandit dans le village, des tas de grenouilles curieuses se rassemblèrent pour voir et soutenir les concurrentes.

Pleines de courage et de motivation, les candidates se placèrent sur la ligne de départ et commencèrent à grimper.

Mais très vite, les villageoises se mirent à faire des commentaires désobligeants : “Elles n’y arriveront jamais !”, “Elles sont bien trop lentes !”

Au bout de quelques minutes, certaines grimpeuses se sentirent démotivées et quittèrent la course. D’autres succombèrent à la fatigue et préférèrent s’asseoir pour regarder celles qui continuaient.

Les commentaires des villageoises reprirent de plus belle : “Pour qui se prennent-elles, si c’était possible, nous l’aurions déjà fait !” dirent certaines. “On n’a jamais vu pareille sottise, les grenouilles ne sont pas faites pour grimper !”, dirent d’autres.

Les petites concurrentes malgré leur courage, commencèrent à mesurer les difficultés de leur projet. Elles quittèrent la course l’une après l’autre.

Toutes. Sauf une.

Elle grimpait lentement, sans relâche, tandis qu’autour d’elle les commentaires se faisaient de plus en plus insistants : « Descends, tu n’y arriveras jamais ! ». « Ce que tu es ridicule ! ».

Pourtant, inlassablement, la petite grenouille continua à avancer.

Après un énorme effort, elle finit par gagner le sommet. Toutes se précipitèrent autour d’elle pour savoir comment elle avait fait pour réaliser ce que personne au monde n’avait encore jamais faite. L’une d’entre elles s’approcha pour lui demander sa recette.

C’est alors qu’elle découvrit que la petite championne était sourde

 

Job Peterson Mompremier

Parolie avec Jerry Tardieu

Il y a 5 ans de cela, pour le compte du bimensuel Le Défi, nous avons réalisé une entrevue avec l’entrepreneur Jerry Tardieu, initiateur du projet Royal Oasis, aujourd’hui député de Petionville à la 50e législature haïtienne. Dans cette entrevue, Monsieur Tardieu parle de sa famille ; du choix de sa conjointe ; de ses débuts en affaires ; de Royal Oasis et de l’environnement des affaires en Haïti. Nous avons jugé bon d’offrir à la jeunesse Haïtienne la possibilité de connaitre davantage ce personnage. Et que ses nobles conseils puissent en guider plus d’un, surtout les jeunes, en cette période de doute, d’incertitude et de crise chronique.

Chers amis et lecteurs, merci de consacrer un peu de votre temps à la lecture de l’entrevue qui suit. N’hésitez pas à en faire bénéficier d’autres en partageant dans vos réseaux avec vos amis et votre famille.

Pour un amant du Football et de l’écriture, Comment se fait- il que tu aies choisie la voie de l’entrepreneuriat ?

Jerry Tardieu : Dans mon cas, cela a été facile car je viens d’une famille d’entrepreneurs. A 18 ans, après la philo, étant l’ainé de la famille, je savais qu’il me fallait des études en administration pour reprendre le flambeau de mon père

Comment avez-vous arrêté le choix d’une conjointe alors que très jeune vos publications (la première a 22 ans) faisaient déjà de vous une personnalité connue et certainement courtisée ?

Jerry Tardieu : C’est une question très personnelle. J’y répondrais de façon générale en disant que Le choix d’une  conjointe ou épouse pour tout homme de devoir doit être d’abord guidé par le cœur. C’est le seul paramètre acceptable (sourires)

Comment s’est déroulé le début de votre carrière en affaires ?

Jerry Tardieu : Difficile et laborieux surtout en Haïti ou les obstacles à l’investissement et au fonctionnement moderne d’une entreprise sont énormes.

Comment a réagi votre entourage la première fois que vous leur avez parlé du grand projet Oasis considéré dans le milieu comme l’une des plus importantes initiatives privées des 50 dernières années ?

Jerry Tardieu : Certains y ont cru. D’autres ont douté. C’est normal. Le plus important pour un promoteur, c’est de garder le cap au-delà des critiques ou des éloges.

Pouvez-vous nous décrire le projet Oasis dans sa version post-séisme ?

Jerry Tardieu : Après le 12 janvier, l’objectif principal du projet Oasis reste le même soit la construction en plein cœur de Pétion-Ville d’un complexe hôtelier multifonctionnel. Toutefois, le programme révisé est plus ambitieux. Désormais le complexe Oasis comprend un hôtel de 130 chambres qui sera géré par le groupe hôtelier Occidental Hotels and Resorts. L’hôtel Royal Oasis sera un établissement haut-de-gamme dont les suites et chambres auront une personnalité distincte  palpable dès l’accès au lobby.

Quel style a retenu le designer de l’hôtel ?

Jerry Tardieu : Grâce au travail exceptionnel de Cecilia Russo et Georges Lescot, l’hôtel développera un style unique basé sur un concept et une personnalité propre (architecture, couleurs, éclairage, musique de fonds, objets d’art décoratif, fresques…). La plupart des suites offriront une vue magnifique sur les jardins d’Oasis, la baie de Port-au-Prince ou la plaine du Cul-de-sac.

 A 44 ans, comment en êtes-vous arrivé à inspirer confiance à autant d’investisseurs qui croient en votre vision ?

Jerry Tardieu : Je suppose que le sérieux et l’intégrité de mes actions et réussites d’investissements passées sont des réalisations positives qui me valent la confiance des autres

Avez-vous un support de qualité dans votre gestion d’un montage financier aussi sophistiqué et novateur pour Haïti qui inclut une syndication de banques locales et étrangères ?

Jerry Tardieu : J’ai le meilleur des supports puisque notre troisième Vice-président et Directeur Financier n’est autre que Carmelle Jean-Marie, qui est l’une des banquières les plus chevronnées du système, aussi à son aise dans le privé que dans le public ou elle a eu une carrière exceptionnelle tant à la BRH qu’au Ministère des Finances.

Comment avez-vous placé vos actions en diaspora ?

Jerry Tardieu : Nous avons été contactés par les compatriotes qui ont eux même manifesté le désir d’investir. Je n’ai même pas eu le temps d’aller vers eux qu’ils étaient déjà demandeurs.

Ce qui frappe dans votre montage du projet Oasis, c’est la composante sociale qui accompagne la composante commerciale. En ce sens, vous êtes différents de beaucoup de vos pairs. Le secteur privé des affaires haïtiens n’est pas connu pour être socialement responsable. Qu’en dites-vous ?

Jerry Tardieu : Je ne conçois pas la création de richesse sans un partage avec les plus pauvres, les démunis et les nécessiteux de notre société. Toutefois je ne suis certainement pas le seul à  penser de la sorte dans le secteur privé haïtien. 

Quelles est la vision et les projets de Oasis pour le reste du pays ?

Jerry Tardieu : Confidentiel

Quels sont vos attitudes par rapport aux obstacles rencontrés pour les surmonter ?

Jerry Tardieu : Persévérance, courage et opiniâtreté

Quels est votre opinion sur la fiscalité Haïtienne ?

Jerry Tardieu : Trop faible. Le changement en Haïti commence par une augmentation de la base fiscale qui permet à l’état d’avoir plus de moyens donc d’être plus efficace

Qu’est ce que vous pensez de entrepreneuriat en Haïti ?

Jerry Tardieu : A travers le monde, je respecte les entrepreneurs grands, petits, moyens… C’est eux qui font vivre le monde !

 

Quels sons les secteurs porteurs pour un entrepreneur start-up selon vous ?

Jerry Tardieu : Cela dépend de la capacité financière de l’investisseur et des régions ou l’on se propose d’investir. Bon grossomodo, En Haïti, je dirais l’agro-industrie, l’élevage, l’immobilier, l’hôtellerie, le transport automobile, le tourisme, la production animalière… Tout est à faire ou refaire en Haïti, les opportunités d’investissement sont donc nombreuses…

 

Jusqu’au Cap ou je vis, votre nom résonne très fort dans le milieu des affaires comme un des rares entrepreneurs modèles haïtiens. A ce titre, Qu’est ce que vous envisagez de faire pour contribuer au développement de entrepreneuriat jeunesse en Haïti ?

Jerry Tardieu : Qu’est-ce que tu veux dire par entrepreneur modèle ? 

Je veux dire un homme d’affaires a sensibilité sociale poussée qui choisit d’investir massivement dans son pays sans arrières pensées pour y créer des milliers d’emplois dans un secteur porteur de l’économie, en accompagnant ses actions d’initiative parallèles bénéficiant les défavorisés de la société

Jerry Tardieu : Ok je vois. Tout ce que je peux faire au profit de l’entrepreneuriat, c’est d’encourager des jeunes comme toi à prendre des risques et à s’engager dans la voie de l’initiative privé.

En guise de conclusion de cette entrevue rééditée  qui a été publiée  aux colonnes du bimensuel Le Défi en septembre 2011, nous partageons de préférence des souhaits et désirs  encore inassouvis en nous.

Nous espérons que l’honorable Jerry Tardieu actuel député de la circonscription de Pétion ville, s’en souvient de ses engagements envers la jeunesse. Et, qu’il puisse défendre l’intérêt du peuple  à travers des propositions de loi solide et susciter des débats sérieux pouvant apporter des réponses  aux problèmes auxquels le pays fait face. Que de par ses initiatives de contrôle du gouvernement il arrive à s’en sortir du lot des parlementaires irresponsables et devient un  modèle pour les jeunes qui aspirent à faire de la politique active.

Nous souhaitons également  que l’honorable Jerry Tardieu, de par son leadership, puisse arriver à conscientiser ses collègues parlementaires sur la nécessité de mettre en priorité la chose publique l’expression de l’intérêt général. Et, que chaque parlementaire n’a de patron que le peuple qui lui a donné mandat de représentation. Dans le cas contraire, les citoyens vont continuer à  remettre en question le bien fondé du parlement haïtien et développer une méfiance envers cette institution.

Nous vous invitons chers lecteurs à regarder cette courte vidéo qui résume la présentation qui a précédé cette courte entrevue.

Job Peterson MOMPREMIER

James a eu son baccalauréat

La proclamation des résultats du Baccalauréat est officiellement confirmée. L’affichage dans les écoles met fin à plusieurs semaines de rumeur, comme c’est devenu une tradition depuis un certain nombre d’années. Certaines écoles n’affichent pas les résultats pour contraindre des parents à honorer leurs redevances sur l’année scolaire qui s’est terminée. Heureusement, cette année, la récolte de noix de cajou a  permis aux parents de James comme de nombreux autres congénères de « Bakini » à payer l’écolage de leurs enfants sans tracasserie. Depuis que la communauté s’est regroupée pour développer des cultures de niches et exporter leurs productions, la vie a une nouvelle couleur, celle de l’espoir. Presque chaque matin, les femmes, en majorité des mères de famille, se réunissent pour définir leurs journées avant de mettre en marche le seul atelier de transformation de noix de cajou de la région. Enfermé dans un emballage moderne qui ne laisse apparaître les marques du « sciller », ces produits portent la marque d’origine « Noix de Bakini », dûment enregistrée au ministère du commerce et de l’industrie. C’est un produit unique, dérivé de nouvelles pratiques expérimentés dans des pays tropicaux d’Afrique.

Il était aux environs de midi lorsque James est revenu du bourg de la Plaine du Nord. Son visage rayonnait de joie, et sans qu’il eu le temps de dire quoi que ce soit à sa mère, cette dernière s’est mise à pleurer. Elle ne peut retenir son contentement. James pénétra la salle d’exposition de l’atelier ou un espace est aménagé pour recevoir des visiteurs – en face de l’entrepôt- caresse les cheveux de sa maman et dit :

« Mwen bon manmi, poukisa ou ap kriye konsa. Ou pa bezwen kriye man ».

Ce ne sont pas les défis qui poussent madame Josie à pleurer, elle ne pense pas encore à la destination future de son fils entre Limbé, Limonade, Cap-Haitien, Port au Prince ou la République Dominicaine. Elle pense au chemin parcouru, sans assistance sociale, pour que James puisse en arriver là. Josie avait 19 ans lorsqu’elle enfanta James, à l’époque elle était en troisième secondaire au Lycée Nationale Philippe Guerrier. Je te parle de l’époque où les femmes devraient étudier la cuisine, la coupe et la couture et qu’être mère-écolière était une injure. Elle a essayé, mais, Dieu seul sait pourquoi, fœtus James ne s’était pas avorté. On dirait qu’il est robuste dès sa genèse et qu’il est né pour résister et se battre.

Lorsque le responsable de la pension eu apprit la nouvelle, elle avisa le missionnaire bienfaiteur qui se chargea de Josie depuis qu’elle avait 4 ans. Sans support, avec un enfant en gestation dont le père refuse d’assumer sa responsabilité, sa seule option fut d’abandonner. Ses parents, ne pouvant répondre aux besoins des 9 autres enfants dont plus de la moitié sont en domesticité en ville, reçoivent la nouvelle comme un coup de massue au front. Durant toute la période de sa grossesse elle accompagnait sa maman au marché. Ce fut l’apprentissage de toute une nouvelle vie. Une vie dure que nos frères et sœurs de la campagne essaient de fuir par tous les moyens. James essuie les larmes aux yeux de sa maman, la regarde dans les yeux avant de la prendre dans ses bras.

« Manmi, yon jou map mete’w chita sou chèz boure ».

Il est conscient de tout le chemin parcouru, mais, il estime que rien ne peut être plus difficile que les étapes déjà brûlées. Il pense à ces jours où sans l’espoir d’un repas il devrait se rendre à l’école sur ses deux « Tigri ». Il repense à ces soirs ou avec le ventre vide, sa maman l’encourageait à étudier et à faire ses devoirs. Il repasse ses notes en revue et renforce sa conviction que :

« Pitit malere pa dwe sòt ».

James regarde sa maman à nouveau ; il la dévisage et pleure. De nombreuses fois, bien avant que la vie fleurisse dans la communauté, sa maman faisait une « mesurette » de soupe de riz qui ne lui était même pas suffisante, et dont elle ignorait le goût. Son défi : « éduquer un HOMME responsable ». Heureusement, jusqu’ici, elle n’est jamais déçue de son fils.

Bientôt, pour la première fois, ils vont devoir se séparer. Une nouvelle vie avec de nouvelles responsabilités va commencer pour James. Sa maman va devoir apprendre à vivre sans lui, ne plus le voir comme un bébé garçon ; pendant qu’il aura l’obligation de s’assurer une bonne mise en pratique de l’éducation reçue. Entre Port-au-Prince et la République Dominicaine, le cœur de Josie restera sûrement sur Cap-Haïtien afin qu’elle puisse aller lui rendre visite régulièrement sans être obligée d’abandonner ses activités entrepreneuriales et associatives. Beaucoup ont souhaité qu’il soit médecin, lui veut être professeur. James croit qu’apprendre les sciences de l’éducation et se consacrer à l’enseignement est le plus grand engagement qu’il puisse prendre s’il veut contribuer à l’avènement d’une nouvelle génération d’Haïtiens responsables et impliqués dans le développement de leur communauté. Sa maman n’a aucune objection surtout qu’il est jeune et qu’il aura le temps de se perfectionner et apprendre dans d’autre domaine s’il le désire. En réalité, les choses ne sont pas toujours comme les élèves  et certains parents les imaginent. Intégrer les universités publiques n’a jamais été une mince affaire. Avant de confronter les professeurs qui sont toujours présents pour réclamer leurs chèques et souvent contrariés pour dispenser les cours, il faut d’abord faire face à l’épreuve du concours.

La capacité d’accueil de l’université pourrait être de 200 nouveaux étudiants et que les registres dénombrent plus de 10 milles Inscrits qui y concourent. J’ignore volontiers la question que certains se font parrainés comme pour dire que les meilleurs ne sont jamais écartés. Mais, je ne peux me fermer les yeux sur les options qui s’ouvrent si l’on ne veut faire la queue en attente d’un nouveau concours après chaque échec aux examens d’admission. Le lauréat de certaines écoles, certaines fois, le seul admis sur 50 élèves qui ont été aux examens. Si l’on dénombre 100 institutions d’enseignements supérieurs, plus de la moitié n’ont une License de fonctionnement et près de 70% offrent une formation au rabais. Nous formons des professionnels pour ne jamais travailler. Et, souvent, ces jeunes sont venus de la campagne et de nos provinces avec le seul espoir d’accéder à un meilleur niveau de vie après leurs études. Quelle arnaque!

Chaque année, de nouveaux diplômés terminent leurs cursus scolaire en réussissant leurs examens officiels de Baccalauréat deuxième partie (Philo). Intégrer les universités privées reste un luxe pour la majorité de ses jeunes, en dépit du manque de standard de ces institutions de formation supérieure et du niveau de la formation offerte. Aux nouveaux finissants s’ajoutent des postulants des concours précédents avec l’unique espoir d’intégrer une faculté de l’UEH pour pouvoir s’offrir une formation supérieure. Ils sont venus des communes de tous les départements du pays. Cette année, sur plus de 79,283  inscrits, moins de 30,000 ont eu leurs baccalauréats à la session ordinaire. Déjà, c’est le pèlerinage de ce que qu’on appel « PréFac », des cours dispensés par des étudiants anciens et actuels, se fixant pour mission la facilitation des bacheliers à intégrer les 11 entités de l’UEH ( Faculté d’Ethnologie (FE), Faculté des Sciences Humaines (FASCH), Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), Ecole Normal Supérieure (ENS), INAGHEI, Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE), Faculté des Sciences (FDS), Faculté de Linguistique Appliquée (FLA), IERAH/ISERSS, Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) et Faculté d’Odontologie (FO)) et certaines universités privées. Parmi elles, nombreuses sont au prix abordable et au cursus questionnable. La stratégie promotionnelle « Demi-bourse » est une attrape nigaude.

De plus en plus de jeunes s’impliquent et s’engagent à travers des projets innovants. Désormais, on parle tourisme, petites et moyennes entreprises, agro-industrie, artisanat. Cependant, les défis demeurent et les besoins pressants de la population interpellent à innover et à développer de nouvelles compétences. Cette année, a l’intention des finissants du département du Nord, un club de jeunes entrepreneurs a pris l’initiative de mettre les projecteurs sur un ensemble de métiers jusqu’alors méconnus. James a eu le privilège d’y prendre part au nom de son école dans le souci de répliquer la formation à ses condisciples. Depuis, il ne rêve plus médecine et diplomatie, il ne parle pas de génie Civil et Sciences Juridiques, il est conscient de ses aptitudes pour l’éducation, l’enseignement. L’objectif de cette série d’activités de sensibilisation était de mettre les projecteurs sur des opportunités, d’indexer des besoins pressants, de présenter des acteurs du changement positif à travers nos communautés ; des professionnels qui s’engagent avec passion et persévérance à exercer des métiers peu connus ou ignorés de nos jeunes écoliers. Les jeunes étudiants initiateurs espèrent qu’à la sortie de l’école classique, le choix des écoliers ne se portera pas vers uniquement les filières de formation traditionnelle qui vont conduire ces jeunes diplômés à une nouvelle forme de chômage. La finalité de toute formation professionnelle doit être de s’armer pour affronter et bâtir dignement un bon lendemain. Durant les 3 jours de cette série de formation, ils ont pu vulgariser et construire une image positive de certains métiers avec la contribution des professionnels; grâce à des échanges riches et constructifs mettant en lumière des opportunités et des défis dans la pratique de certains métiers. Mais, pour l’instant, James n’a qu’une seule option: « réussir le concours de la faculté des sciences de l’éducation ». Grâce à son intelligence, il a eu le flair de participer a un Préfac où les jeunes allient l’expérience aux notions théoriques. De « tchala en tchala », il s’est donné la peine de préparer le concours. Il est conscient de la responsabilité qui pèse sur son dos ; et se fixe le défi de remettre sa thèse de License à temps pour pouvoir bénéficier d’une bourse de maîtrise dans le cadre de ce programme fraichement institué entre des universités du Cap et de Montréal. Le savoir et la volonté peut ouvrir toutes les portes.

L’université est connu entant que productrice de savoirs, de sciences et technique et pour l’importance de son rôle dans le développement et le bon fonctionnement d’un pays. Aujourd’hui, c’est par corrélation entre Université et développement que de nombreux pays arrivent à emprunter la voie du développement durable. Comme James, nous espérons une nouvelle génération de jeunes prête à s’engager pour un système éducatif adapté à nos besoins et notre réalité dans la dynamique actuelle de globalisation. C’est ainsi que la main d’œuvre haïtienne sera qualifiée pour les chantiers et les grands projets Haïtiens, que nos entreprises seront performantes et que nos ambitieux entrepreneurs vont pouvoir mobiliser des équipes compétentes pour innover et changer les choses, ici, en Haïti. Je souhaite que les générations de jeunes qui seront formées par James soient éduquées sur les problèmes de notre société et les ressources qu’Haïti dispose. Nous pensons que cela développera leurs intérêts en vue d’arriver à une nouvelle économie Haïtienne basée sur la bonne gestion des ressources, la compassion, la collaboration, la créativité. Un système efficient, efficace, adapté à nos ressources disponible pour la résolution de nos problèmes et la réponse à nos besoins.

Une fiction de Job Peterson Mompremier

06-08-16

Le millionnaire de cité-Soleil

Rencontrer ce  self-made man de Cité-Soleil n’a pas été facile. Mais, ce qui fut encore plus difficile, c’était de trouver assez de temps, sans interruption, pour recueillir des réponses à nos questions. Après plusieurs rencontres et conversations sans pouvoir réaliser d’interview, nous avons décidé, mon chef de rubrique et moi, de lui adresser nos questions par mail et que cette interview se fasse sous la forme d’un témoignage. C’est désormais chose faite. Dans les lignes qui suivent, monsieur Josaphat revient sur son parcours : son enfance, sa scolarité, l’histoire de sa maman et surtout il nous parle de sa fortune et de sa rencontre avec Maria, une dominicaine qui est aujourd’hui sa femme. Pour bonus, et tout en s’assurant de ne pas livrer certains secrets, il nous livre sa formule pour et explique comment il arrive à vivre dans sa commune natale, cité Soleil, bien qu’il soit millionnaire avec une telle fortune.

 

Mes chers amis,

Si ce texte était le fruit d’une interview, j’aurais suggéré au journaliste de l’intituler « Pourquoi je n’ai pas laissé cité-Soleil avec mes millions en poche ». Ce n’est pas le meilleur des titres pour nos journaux à la recherchent du buzz en vue d’attirer des annonceurs, mais, cela mettrait en avant mon attachement à ce bout de terre qui m’a vu naître.

D’abord, j’aimerais remercier Dieu de m’avoir donné assez d’intelligence pour faire de ma vie ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Je ne suis pas le plus lettré des enfants de mon époque, encore moins un grand travailleur ou le plus grand de tous… Durant 40 années passées  ici, à Cité Soleil, j’ai vu des gens qui se lever tôt chaque matin pour préparer le repas de la journée et s’y rendre avant 6 heures échanger le temps de leurs vies contre un salaire minimum dans la sous-traitante.

Je n’ai pas connu mon père, il était peut être un grand nom de l’aristocratie Capois, il possédait des terres dans les communes avoisinantes. Ma mère me disait parfois, pour essayer de me décrire combien la vie nous est injuste, certaines choses a propos de lui. Ma mère était servante dans sa maison et c’est là qu’elle est tombée enceinte. Venue de la campagne, du côté de Boimanba, elle ne pouvait rien faire d’autre en ville que travailler chez Madame. A l’époque, les marchandes ne courraient pas encore les rues du Cap-Haïtien, ce n’était pas comme aujourd’hui où la ville s’est transformée en un grand marché. Le grand commerce fonctionnait, les touristes arpentaient les rues, tout le monde y gagne. Être Capois se mesurait à son niveau d’instruction. C’est pour fuir mon père qui, pour protéger sa famille, lui a menacé de la tuer si elle ne décidait pas d’avorter que la gouvernante de la maison, touchée par son sort,  a organisée sa fuite clandestinement. Elle était si bonne ma douce maman.

Je suis né à Cité Soleil. A l’époque les gens de la cité ne faisaient pas le baptistère de leurs enfants à Delmas. C’est également dans la cité que j’ai été à l’école pour la première fois. C’est dans cette école (dans une église) que j’ai appris à écrire mon nom, à lire et à me présenter. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme maman le souhaitait. Lorsque survinrent les protestations pour la chute de la dynastie Duvalier, des usines ont fermées. D’autres, de trois temporelles, sont passées à 8 heures de fonctionnement. Ma mère a perdu son boulot. Pour survivre, elle offrait des services de lessives et de repassage, mais elle n’arrivait à trouver des clients chaque jour. Le pain quotidien devenait de plus en  plus rare. Parfois, j’avais droit seulement à une panade pour me retenir trois jours jusqu’à la prochaine. Elle refusait de manger pour s’assurer que je trouve de quoi me nourrir, nous nourrir. Son rêve : me voir devenir comme mon père, un grand notable dans la société.

L’histoire ne s’est pas terminée en compte de fée, j’ai du voler pour gagner ma vie. Au retour de ma première incarcération (qui a duré 6 mois), on m’a annoncé que maman était morte en apprenant la nouvelle de mon arrestation. Raillé par mes voisins et voisines, je me suis établi dans les rues à plein temps, non par l’appât du gain facile, mais par obligation de survivre. Aujourd’hui, après Dieu, c’est à la rue et surtout à mes condisciples de cette école très dure que je dois mes remerciements. Là-bas, tu apprends à te battre, y compris contre toi -même. Ce sont les plus durs qui arrivent à remiser avec de quoi en poche, et, là encore, le risque reste fort que tu te le fasse voler à ton tour  par un autre brigand. Ils n’hésiteront pas à te noyer dans ton sang si tu aimes ton gain plus que ta vie.

Sortir de la rue n’est pas chose facile, on pourrait bien se conformer aux principes d’un orphelinat, mais, le jour où l’on se rend compte qu’on est dans une prison dorée, rien ne nous tente plus que de miser sur sa vie pour dessiner l’avenir. La liberté n’a pas de prix.  Et il n’y a rien de mieux que de pouvoir gagner sa vie avec la sueur de son front. Aujourd’hui, c’est même devenu un sujet de débat, une thématique de campagne : « les enfants des  rues ». J’ai passé plusieurs années dans la rue. Petits boulots, cirage de chaussure, nettoyage de vitre et de pare brise… jusqu’au jour où j’ai été invité à participer au braquage d’un magasin à « la Saline ». La boue avoisinant le magasin a joué contre nous, nous nous sommes fait attraper. Mes confrères voleurs ont tiré sur la police, je me suis couché face contre terre, dans la boue. Ce jour-là mes confrères y ont malheureusement laissé leur peau. J’ai été battu et maltraité par les forces de l’ordre. Les prisonniers m’ont torturé parce que je ne leurs avais  rien apporté à la prison. Lors de ma comparution, on m’a assigné un avocat d’office. Le cher maître m’a conseillé de plaider coupable pour une réduction de peine. J’ai dû passer 10 ans entre les murs du pénitencier. Et c’est là que j’ai rencontré Joe.

Déporté des Etats-Unis pour crime et trafic de drogue, Joe avait  beaucoup de connexion en Haïti, il avait trafiqué avec de grands noms de la place. Nous sommes restés amis jusqu’au jour où la vie a exigé que je choisisse entre lui et moi. Avec lui, j’ai passé quelques temps dans les quartiers chics de Pétionville. Un ami dealer à qui il rendait beaucoup de services lui a offert une grande maison à sa sortie de prison (même dans l’enfer certains gardent leurs grands cœurs). Beaucoup de personnes savent encore ce qu’est la reconnaissance. J’ai côtoyé du beau monde. On faisait la fête toutes les semaines. Pas besoin de connaitre ton niveau d’éducation ni la provenance de tes moyens, on parlait drogue, femmes, meurtres, assassinats et plaisirs de toute sorte. Civils et officiels se côtoyaient. Ensemble, on faisait de jolis coups. De grandes cargaisons de drogues ont transités en complicité avec des hommes d’affaires réputés, sans laisser la moindre trace. Parfois, Joe passait des jours à passer nos liasses au soleil. Notre artillerie était toujours à point en cas d’une éventuelle attaque.

Puis, un jour, nous étions à Laboule pour une orgie, lorsque nous fûmes au parfum d’un grand coup. A l’instant même, nous nous sommes séparés des jeunes filles, de la viande fraîche diraient les hommes et femmes « deux 16 pour 32 ans ». Nous avons interceptés les marchandises et récupérés le pognon sans laisser de traces afin d’éviter d’éventuelles représailles. On aurait dit qu’avec l’aide de Saint Michel l’Archange nous avions réussi à décimer toute une bande. Je nous voyais déjà régner sur Port au Prince avant de sentir quelque chose d’un peu chaud sur ma nuque. Joe m’avait braqué. J’ai ri un instant avant de comprendre qu’il était sérieux. J’ai fait ma prière. Mon ange gardien m’est venu en aide à travers un des dealers qui n’avait pas encore trépassé. Joe avait tourné le dos pour régler son compte à ce gars qui l’avait distrait, je lui ai mis une balle dans la tête. Lui distrait, j’ai tiré et j’ai survécu ! J’ai pris l’argent et j’ai laissé le reste. On en parle aujourd’hui encore, selon la police, à en croire leurs dires en conférence de presse, c’est l’un des plus grands coups. Beau bilan. Je ne suis pas retourné dans la maison de Joe. Je n’ai jamais su ce qu’étaient devenues nos liasses. On rapporte que des policiers sont venus, mais jamais la presse n’en a parlé.

Lors d’une de nos sorties, j’avais rencontré Maria dans un stripp club à Petionville. La première fois que je m’étais rendu là-bas, on m’avait refusé l’accès. Les peaux sombres sont rares dans cet endroit chic. Grâce aux bonnes connexions de Joe, nous étions devenus des fils de la maison. Je ne sais pourquoi, mais Maria m’intéressait énormément. J’ai voulu percer les mystères de sa vie, la rencontrer en dehors du boulot, comprendre ses tracasseries. Une fois, je lui ai proposé une prestation privée. Au départ elle a refusé, sous prétexte que la majeure partie du temps, les filles comme elle étaient victimes d’abus. Nombreux sont les clients qui se comportaient mal a leur égard ou qui ne payaient pas leur dû. J’ai su gagner sa confiance. Un jour,  elle m’a avoué qu’elle travaillait avec rage pour pouvoir racheter sa liberté et pour continuer à envoyer de l’argent à sa maman afin qu’elle prenne soin de ses filles. Elle ne souhaitait  pas que ses filles connaissent son sort. Je l’ai supplié d’être discrète. J’ai racheté sa liberté et j’ai fait le nécessaire pour qu’elle puisse envoyer de l’argent à sa maman afin que celle-ci  la rejoigne en Haïti. Elles ont tenu une boutique de lingerie à Pétionville qui servait les enfants de bonne famille à la recherche d’exotisme.

Lorsque j’ai laissé la scène où s’étalaient les cadavres des dealers et celui de Joe (paix à son âme), elle fut la première et la seule à qui je me suis confié. Elle m’a planquée plusieurs mois dans une cachette jusqu’à ce que le dossier soit délaissé. Mon nom semblait n’apparaître dans aucun dossiers de la police lié à cette histoire. Lorsque le calme fut revenu, je l’ai épousé. Ensemble, nous avons acheté une maison en béton à Cité Soleil. Je suis retourné dans mon crew. J’ai constitué une équipe. Aujourd’hui, je n’ai peur d’aucune tempête. J’ai financé l’élection de certains parlementaires. J’entretiens de bons rapports avec des amis du ministre de la justice. Mes hommes sont pour la plupart des informateurs de la police. Des candidats à la présidence sont déjà venus s’asseoir avec moi. Le maire est un de mes protégés. J’investis dans ma cité, Cité Soleil. Et, contrairement aux autres millionnaires, ces gens là qui ont des magasins et des usines dans les zones bouées et nauséabondes de la cité, je contribue à l’éducation. Chaque année, je finance l’écolage de centaines d’enfants. Je donne des prêts à des responsables d’école pour l’amélioration de leurs infrastructures scolaires, en guise de remboursement je m’assure que d’autres enfants ne connaissent  pas mon sort. Pour les hommes, j’ai une maison d’affaires, « Yon sèl pawòl » est son nom. C’est comme une chaîne d’entreprise, vous pouvez croiser ce nom dans plusieurs points de la cité. Et, pour les femmes, les jeunes mamans en particulier, j’offre des prêts pour de petits commerces. Malheureusement l’insécurité a emporté certaines de mes clientes au marché « anba lavil » avec mon pognon et l’avenir de nombreux enfants qui n’auront peut-être pas la chance que j’ai eue. En perspective, j’aimerais me lancer dans la borlette, j’attends le signal approbateur de mes protecteurs. Pour pérenniser ma fortune, Mon amour Maria a suivi des cours de gestion d’entreprise adaptée. Je compte sur mon fils, Robert, qui doit acquérir une formation solide et faire rayonner notre étoile de citoyen responsable, utile à sa communauté. Mon souhait est qu’il soit un grand visionnaire et un homme éclairé, attaché à sa communauté et au bien-être de ses frères et sœurs haïtiens.

C’est pour moi une fierté de vivre à cité soleil et de contribuer au bonheur des miens. Certains ont souhaité que je laisse cité-soleil. J’ai tenté… et ce n’était pas facile de convaincre ma femme de s’établir dans cette zone qui m’a appris la vie. La générosité qui m’anime est cette bonté que ma maman m’a toujours inspirée. Je pense encore à elle, je l’aime toujours. Elle était ma seule famille. Elle est tout ce que j’ai eu durant mon enfance. J’ai traversé le fleuve et j’ai survécu à la tempête. Mais, je suis convaincu que ce n’est pas parce que je sais nager que l’eau n’est pas profonde. Au contraire, celui qui sait nager doit avoir conscience de la profondeur de l’eau, peu importe ses compétences dans la nage. Aujourd’hui, retourner l’ascenseur est la seule chose qui m’anime. C’est l’unique raison de mon humanisme et mon secret pour demeurer à cité soleil. Jamais je ne me lasserai de jeter des ponts, de déblayer des chemins, d’enlever des barricades et de redonner de l’espoir à mes frères de cité-soleil.

Certains auraient aimé que mon histoire soit différente, moi aussi j’aurais voulu la même chose que ces puritains et moralistes. Ce n’est pas parce qu’aucun professeur ou grand travailleur des parcs industriels et des grands chantiers ne sont à l’abri du besoin le plus élémentaire que mon témoignage doit être considéré comme une apologie de la drogue et un mépris des pouvoirs publics et des élites. Ni, au contraire, parce que nos intellectuels qui avoisinent les millions sont condamnés à la concussion, la corruption et au trafic d’influence que je perdrai mon admiration et mon respect pour les hommes de savoir. A chacun son destin, son parcours et son histoire, rempli de ratures. Aucun parcours sur terre n’est sans fautes. Progresser dans la vie c’est se perdre et se ressaisir.

Une fiction de Job Peterson Mompremier

31-07-2016